France: l'inflation explose, alimentée par la flambée des matières premières
PARIS - Les prix ont explosé en mars en France (+3,2% sur un an) après des mois de surchauffe provoquée par la flambée mondiale des cours du pétrole et de l'alimentation, l'inflation constituant une nouvelle menace pour le pouvoir d'achat et la croissance.
"Il faut remonter à janvier 1987 pour trouver une progression mensuelle au moins aussi importante", a relevé l'Institut national de la statistique (Insee) en publiant mardi les derniers chiffres de l'inflation.
La hausse sur un an était limitée à 2,8% en février. En 2007, les prix à la consommation en France avaient progressé en moyenne de 1,5% par rapport à l'année précédente.
La publication du chiffre de mars a déclenché une hausse automatique du Smic, le salaire minimum, de 2,3% au 1er mai.
L'inflation a été alimentée le mois dernier par la fin des soldes d'hiver, qui a pesé sur les prix de l'habillement, mais aussi par la flambée des matières premières sur les marchés internationaux.
Dans le sillage du cours du pétrole, l'énergie est repartie à la hausse en mars (+2,7%) après une légère accalmie en février (-0,6%). Sur un an, les prix énergétiques s'envolent de 12,7% en moyenne, avec +19,5% pour les seuls produits pétroliers.
Le même phénomène est à l'oeuvre dans l'alimentation, dont les prix ont progressé de 0,4% sur un mois et de 5,3% sur un an.
"La cote d'alerte est désormais franchie", estime Alexander Law, du cabinet Xerfi, pour qui cette envolée des prix à la consommation devrait même se traduire par un léger recul au premier trimestre du pouvoir d'achat des ménages.
"Il y a aujourd'hui de bonnes raisons de craindre une baisse de tension de la consommation des ménages au cours des mois à venir, surtout si le moral des Français continue de se dégrader aussi violemment", ajoute-t-il.
Compte tenu du rôle moteur de la consommation dans la croissance de la France ces dernières années, "il y a tout lieu de penser que l'expansion économique française sera réduite à sa plus simple expression au cours des mois qui viennent", assure l'économiste, qui s'attend à une croissance de seulement 1,4% en 2008.
Le gouvernement, qui a revu ses ambitions à la baisse, table toujours sur une croissance comprise entre 1,7 et 2% cette année, contre 2 à 2,5% attendu initialement, alors qu'il fait face à des déficits publics suscitant l'inquiétude de ses partenaires européens.
Le niveau record de l'inflation dans la zone euro est un "sujet de préoccupation" et affecte la confiance des consommateurs, a affirmé mardi à Bruxelles le chef économiste de la Banque centrale européenne, Jürgen Stark, selon lequel "contenir ces pressions inflationnistes est donc crucial".
(©AFP / 15 avril 2008 12h25)