Des élus allemands souhaitent interdire la chirurgie esthétique sur mineurs
BERLIN - Adolescentes qui se font rétrécir les seins, jeunes enfants tatoués, voire piercings sur des bambins: la classe politique allemande et une partie du corps médical s'inquiétaient mercredi des dérives de la chirurgie esthétique ou des marques corporelles sur les mineurs.
Les groupes parlementaires conservateur et social-démocrate, qui forment la "grande coalition" au pouvoir, devaient aborder ce dossier mercredi lors d'une audition devant la commission de la Santé du Bundestag.
A cette occasion ils ont présenté un texte demandant au gouvernement de la chancelière Angela Merkel de réfléchir à une interdiction des opérations de chirurgie esthétique pratiquées sur les mineurs.
"Chez les 9-14 ans, un enfant sur cinq souhaite déjà subir une opération esthétique", affirme ce texte, citant un récent sondage. "Souhaiter une nouvelle poitrine pour le baccalauréat n'est plus une exception", ajoute la motion.
Actuellement, ces opérations, de plus en plus fréquentes, doivent être autorisées par les parents, mais ne requièrent pas une expertise médicale préalable. "Même quand l'adolescent est informé correctement, on ne peut être certain qu'il soit conscient de tout ce que sa décision implique", estiment les députés de la majorité.
Il est devenu "inéluctable" de légiférer sur la question, en interdisant "purement et simplement" ces opérations chez les mineurs, et en punissant les médecins qui les pratiquent, a estimé le député social-démocrate Karl Lauterbach.
Ne sont pas visées les interventions destinées à corriger un véritable problème de santé, "comme par exemple une déformation du nez qui gênerait la respiration", mais des opérations visant à grossir ou réduire les seins, ou encore les lipo-succions", a ajouté le parlementaire, qui estime à 100.000 par an le nombre d'"interventions discutables" sur des moins de 16 ans.
Consultée par les parlementaires, la Fédération allemande des pédiatres (BVKJ) s'est également prononcée pour une interdiction de ces interventions, même lorsqu'elles sont autorisées par les parents.
"Les conséquences sont difficilement prévisibles, et ne peuvent être sérieusement estimées ni par les patients mineurs, ni par leurs représentants légaux", estime la BVKJ dans une prise de position transmise au Parlement.
"Nous sommes également inquiets du nombre croissant d'enfants de moins de dix ans qui se font poser des piercings ou des tatouages permanents", ont ajouté les pédiatres.
"Lorsqu'un cirque montre un ours avec un anneau dans le nez, les défenseurs des animaux montent immédiatement au créneau, mais lorsqu'on met un piercing à un enfant en bas âge, personne ne réagit", s'est insurgé dans le quotidien Frankfurter Rundschau le président de la BVKJ, Wolfram Hartmann.
(©AFP / 23 avril 2008 15h57)