Sarkozy réaligne la politique française Canada-Québec, selon la presse
MONTRÉAL - Des déclarations du président Nicolas Sarkozy sur l'amitié de la France pour le Canada marquent un infléchissement de la politique de Paris en faveur d'Ottawa au détriment des indépendantistes québécois, estimaient vendredi des journaux canadiens.
M. Sarkozy "a fermement réaligné la politique étrangère française vers le Canada hier (jeudi), prenant ses distances avec les souverainistes (ndlr: indépendantistes) québécois et indiquant qu'il ne veut plus désormais avoir à choisir entre le Canada et le Québec", écrit le grand quotidien anglophone The Globe and Mail.
"Il faut que vous le sachiez, la France aime beaucoup le Canada", a souligné le président Sarkozy jeudi, lors d'une cérémonie au cimetière militaire canadien de Beny-Reviers (Calvados), en présence de la gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean, à l'occasion du 63e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945.
"On est très proches du Québec, on aime beaucoup le Canada aussi", a-t-il ajouté.
"Vibrante déclaration d'amour de Sarkozy au Canada", titre le quotidien québécois Le Devoir, jugeant comme son collègue anglophone, que l'on a assisté "à un changement de ton important".
M. Sarkozy affirme "assez clairement que la France ne veut plus avoir à choisir entre le Québec et le Canada", écrit le journal, jugeant comme le Globe que cela semble marquer la fin de la doctrine de "non-ingérence et de non-indifférence" formulée par le ministre gaulliste Alain Peyrefitte en 1977.
Dans un éditorial intitulé "Vive le Canada uni", renvoyant au célèbre "Vive le Québec libre", lancé en 1967 par le général Charles de Gaulle, le Globe and Mail, estime que le président français a "dans les faits écarté les raisons supposées pour faire éclater le Canada".
"M. Sarkozy a apporté une confirmation bienvenue à ceux qui prédisaient qu'il mettrait de côté l'attitude équivoque des récents présidents français à l'égard du souverainisme québécois et du fédéralisme canadien", conclut-il.
Pour le quotidien québécois Le Soleil toutefois, le rapprochement entre Paris et Ottawa ne date pas d'hier. Selon lui, il a commencé après le referendum de 1995, à l'occasion duquel les Québécois ont rejeté de justesse l'indépendance de la province francophone, une option qui ne semble guère motiver les Québécois actuellement.
L'accueil réservé en France à la gouverneure générale, représentante de la reine d'Angleterre et garante de l'unité canadienne, de même que l'absence du Premier ministre québécois Jean Charest à des cérémonies cette semaine concernant le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, ont provoqué une polémique au Canada.
Les indépendantistes ont accusé Ottawa de vouloir "récupérer" les festivités en affirmant que la fondation de Québec marque aussi celle du Canada. "C'est la nation québécoise et c'est la capitale de cette nation-là que l'on célèbre à l'occasion du 400e anniversaire de Québec", a vivement répliqué la chef du Parti québécois (indépendantiste) Pauline Marois.
Le quotidien anglophone montréalais The Gazette ironise en soulignant que cette affaire "porte un coup à la mythologie souverainiste", voulant que la France soit "la carte maîtresse" des indépendantistes.
"Que le Québec soit une partie et une partie importante du Canada est un anathème pour les souverainistes, mais la réalité est fédéraliste", écrit le journal.
(©AFP / 09 mai 2008 17h10)