Le cauchemar du marché pétrolier mondial: un attentat en Arabie Saoudite
PARIS - Un attentat islamiste, ou même une simple tentative, contre le secteur pétrolier saoudien aurait des conséquences désastreuses sur le marché mondial et le prix du baril, préviennent des analystes.
Sur les 701 personnes arrêtées au cours des six derniers mois en Arabie Saoudite, des dizaines avaient formé des cellules chargées de préparer des attaques contre les sites pétroliers du pays, ont affirmé les autorités de Ryad.
Avec un prix du baril en hausse constante et des capacités d'augmentation de la production mondiale quasi-inexistantes en dehors de l'Arabie Saoudite, le marché mondial n'a jamais été aussi vulnérable à une offensive jihadiste dans le royaume, assurent-ils.
Pour l'Américain Michael Klare, directeur à l'université du Massachusetts du programme "Peace and World Security" et auteur de "Resource Wars", "même si une attaque ne réussit pas, elle aurait un immense effet psychologique parce que le marché s'attend à des actions terroristes de ce genre. L'effet sur les prix serait immédiat".
"Et s'ils parviennent à affecter la production ou l'exportation, ce serait pire. La hausse serait astronomique (...) S'ils parviennent à détruire une grande raffinerie ou un important terminal de chargement et à réduire les exportations saoudiennes de cinq ou dix millions de barils par jour, l'impact serait dramatique. Le prix passerait la barre des deux cents dollars".
Le secteur pétrolier saoudien, qui dépense des sommes considérables pour sa protection, est la cible depuis des années des hommes d'Al-Qaïda.
En décembre 2004, dans un message audio, Oussama ben Laden avait exhorté ses troupes en ces termes: "Dirigez vos opérations contre la production de pétrole, en Irak et dans le Golfe, car le manque de pétrole les conduira à leur perte sans que nous ayons à faire quoi que ce soit d'autre".
Suivant ces consignes, en février 2006 des assaillants à bord de deux voitures piégées ont tenté de pénétrer dans l'immense complexe d'Abqaiq, le plus grand du monde, dans l'est du royaume. Ils ont été interceptés sur la première des multiples enceintes gardées et se sont fait sauter, causant leur mort et celle de deux gardes.
Pour le Français Francis Perrin, directeur de la rédaction du magazine spécialisé "Pétrole et gaz arabes", "le niveau actuel des prix révèle l'inquiétude extrêmement importante sur la fragilité des approvisionnements mondiaux, sur le risque futur que l'offre ne puisse plus satisfaire la demande. Dans un tel contexte, un attentat contre des installations pétrolières en Arabie Saoudite aurait un impact considérable".
Véritable "banque centrale du pétrole", le royaume saoudien joue en effet un rôle unique dans le marché mondial, "qui est sur le fil du rasoir", ajoute-t-il. "C'est le pays possédant un peu moins du quart des réserves, c'est le leader au sein de l'Opep, le numéro 1 en termes de capacités non-utilisées (...) C'est le seul pays au monde capable de produire plus à court terme, en quelques semaines".
"Si un attentat est mené contre des installations mineures, l'impact serait déjà considérable. Mais si une attaque est réussie contre des installations importantes, l'effet serait absolument incalculable en termes de prix", poursuit Francis Perrin.
Dans ce contexte, les menaces israéliennes d'offensive aérienne contre les installations nucléaires iraniennes ajoutent à la nervosité des marchés, estime Michael Klare.
"Si un tel raid est mené, je pense que les Iraniens tenteront d'organiser des attaques terroristes en Arabie Saoudite, au Koweït, à Bahreïn. Faire tout ce qu'ils pourront pour semer le chaos dans le marché international. Si c'est le cas, les prix crèveraient le plafond".
(©AFP / 02 juillet 2008 11h49)