De la mouche pisseuse au pissenlit, les espèces invasives sont la plaie de l'outre-mer
SAINT-DENIS-DE-LA-REUNION - Rat, mouche pisseuse, criquet, pissenlit, le réchauffement climatique contribue à la prolifération d'espèces invasives au grand dam des biologistes qui s'inquiètent pour la survie de la faune et de la flore locales dans l'outre-mer.
Le changement climatique permet à certains espèces de s'épanouir là où elles ne le pouvaient pas auparavant, expliquent les experts de l'Union internationale de la conservation de la nature (UICN) qui participent à une conférence sur l'outre-mer européen à La Réunion.
Par exemple, le réchauffement des Kerguelen a favorisé la prolifération d'une mouche bleue (Calliphora vicina) et de deux espèces de plantes, un pissenlit (Taraxacum erythrospermum) et un stellaire (Stellaria alsine).
En Géorgie du sud, avec la fonte des glaciers, les rats pullulent et font des ravages parmi les oiseaux marins, notamment les pétrels.
Et le dérèglement climatique, en modifiant le régime des vents, pourrait accélérer la dispersion d'espèces exotiques, comme aux Canaries où l'on redoute les invasions de criquets pèlerins venant d'Afrique, portés par les vents de sud-ouest. En 2004, une centaine de millions de criquets s'étaient abattus sur Lanzarote et Fuerteventura.
"Ces invasions sont préoccupantes car elles sont capables de modifier le fonctionnement des écosystèmes et peuvent provoquer l'extinction massive d'espèces locales, endémiques", indique Dominique Strasberg, de l'université de La Réunion.
Dans les îles, qui constituent des espaces clos, les espèces invasives constituent la première menace pour la biodiversité, alors que sur les continents, c'est la destruction des habitats et la pollution qui sont en cause.
Une espèce exotique qui débarque sur une île et se retrouve sans concurrents devient un véritable "pique assiette" pour les autres espèces, explique Jérôme Petit, biologiste de l'UICN.
Et "le problème c'est qu'à partir du moment où une plante ou un animal est arrivé dans une île, il n'est pratiquement plus possible de l'éradiquer", ajoute-t-il.
L'île de Montserrat, aux Caraïbes, cherche à se débarrasser de ses rats et de ses cochons, redevenus sauvages. "On a proposé des plans mais c'est cher" explique Stephen Mendes, expert du ministère de l'agriculture de Montserrat, venu à la conférence de La Réunion pour "chercher des idées".
Un moyen de lutter contre l'envahisseur indésirable consiste à lui envoyer un de ses ennemis héréditaires.
La "mouche pisseuse" (Homolodisca vitripennis), surnom que les tahitiens ont donné à cet insecte originaire de la Floride et du Mexique, ressemblant à une petite cigale, a été combattue avec succès en Polynésie française où elle était arrivée il y a une dizaine d'années, probablement dans des plantes importées.
Cette mouche se nourrit de la sève des arbres qu'elle pompe et excrète ensuite au goutte à goutte de très grandes quantités d'un liquide, d'ou son nom.
"A Tahiti, les automobilistes étaient obligés mettre leurs essuie-glaces quand ils passaient sous les arbres", commente Jérôme Petit.
Un problème pour le tourisme mais également pour l'agriculture car le rendement des arbres fruitiers s'en trouvait grandement affecté.
"On est allés chercher au Mexique le parasitoïde naturel de cette mouche, une minuscule guêpe qui pond ses oeufs à l'intérieur de ceux de la mouche pisseuse", explique-t-il.
"La larve se développe et détruit l'oeuf de la mouche. C'est un peu comme le coucou", ajoute-t-il: "ça a très bien marché".
(©AFP / 08 juillet 2008 14h50)