Une ancienne mine allemande se reconvertit en entrepôt de déchets nucléaires
SALZGITTER (Allemagne) - Dans les boyaux d'une ancienne mine de fer, à un kilomètre sous terre, des ouvriers s'affairent dans les galeries qui vont accueillir dans quelques années une partie des déchets radioactifs des centrales nucléaires d'Allemagne.
La mine Konrad à Salzgitter (centre-nord) apporte une solution partielle à une question qui taraude l'Allemagne depuis longtemps. Mais si le pays devait revenir sur sa décision de fermer à moyen terme les centrales nucléaires, comme l'envisage une partie de la classe politique, le problème serait à nouveau aigu.
De l'extérieur, rien ne différencie Konrad d'une mine normale. Son chevalet vert bouteille se dresse dans la morne plaine de Basse-Saxe, à Salzgitter, ville créée par les nazis autour de l'aciérie "Hermann Goering" (devenue depuis Salzgitter AG).
Pour les ouvriers qui se relayent jour et nuit à l'intérieur, le travail ressemble aussi à l'extraction minière traditionnelle: descendus par monte-charge, équipés de casques et lampes frontales, ils s'adressent le traditionnel "Glück auf", salut des mineurs allemands.
Transpirant abondamment dans la chaleur suffocante et la poussière, ils élargissent les galeries où, jusqu'aux années 70, circulaient des wagonnets de minerai de fer.
A partir de 2013, des trains et camions y circuleront pour déposer plusieurs centaines de milliers de mètres cubes des déchets à faible et moyenne radioactivité produits par les centrales allemandes et pour le moment stockés dans des entrepôts provisoires.
Compressés et empilés dans des fûts hermétiques, ils seront coulés dans du béton et enterrés à jamais. "On ne pourra plus aller les chercher, et on n'aura pas besoin de les surveiller", explique Wolfram König, président de l'autorité allemande de protection contre les radiations (BfS), en charge du projet. L'Allemagne est le seul pays au monde à avoir choisi l'enfouissement à une telle profondeur.
Konrad est prévu pour abriter les déchets des centrales allemandes jusqu'à leur arrêt. D'ici 2021, en vertu de la sortie du nucléaire votée en 1999, les 17 centrales que compte encore le pays doivent cesser leur activité.
Mais les conservateurs allemands évoquent, avec de plus en plus d'insistance, un allongement de leur durée de vie. Et "si nous rouvrons le dossier du nucléaire, il faudra s'attaquer de nouveau au problème du stockage des déchets", soupire M. König.
Entre la décision en 1975 de faire de Konrad un site de stockage et le début des travaux se sont écoulés... 32 ans. Etudes de faisabilité, instruction des plaintes déposées en justice, le processus a déjà englouti près d'un milliard d'euros. Et les travaux à proprement parler, qui ont démarré l'an dernier, vont coûter un autre milliard.
Sans compter que le problème des déchets hautement radioactifs, lui, est encore entier.
Dans un pays où l'opposition à l'énergie nucléaire est forte, alimentée par le traumatisme de Tchernobyl encore très présent, le stockage des déchets mobilise la population. Dans les villages autour de Konrad, devant presque chaque maison, un fût jaune estampillé du triangle radioactif marque l'opposition des habitants à l'implantation du site près de chez eux.
Et les caciques de droite ont beau argumenter que seul le retour au nucléaire garantira aux Allemands des prix de l'énergie acceptables, tant que le problème des déchets ne sera pas solutionné durablement, "il y aura toujours des résistances" dans la population, prédit M. König.
(©AFP / 18 juillet 2008 06h50)