Les syndicats dénoncent une dégradation de la maintenance dans le nucléaire
PARIS - Les syndicats dénoncent depuis plusieurs années un recours accru à la sous-traitance pour assurer la maintenance dans les centrales nucléaires et des interventions souvent menées au pas de charge qui font peser des risques sur la santé des salariés.
Ces critiques trouvent un écho particulier après la série d'incidents qui a touché depuis quinze jours la filière nucléaire française.
Le plus récent, mercredi, a entraîné la contamination d'une centaine de salariés de la centrale EDF du Tricastin (Drôme), dont une partie de sous-traitants, pendant un arrêt de tranche lors d'une opération de maintenance.
Sans faire encore le lien avec cet incident, Jean-Luc Sylvain (CGT mines-énergie) note que "80% des salariés chargés de la maintenance sont des sous-traitants", une proportion qui s'est inversée en 15 ans puisqu'ils n'étaient que 20% au début des années 90.
Près de 22.000 salariés prestataires interviennent aux côtés de 19.000 agents EDF sur les 19 centrales nucléaires françaises.
"Les contrats de sous-traitance portaient auparavant sur deux ou trois ans, mais depuis quelques années, ils sont plus courts ce qui pose de gros soucis de renouvellement des compétences car on doit à chaque fois reformer les personnels", déplore Nicolas Jacquin, délégué CGT à Tricastin.
Cette population est souvent couverte par des conventions collectives "peu intéressantes" par rapport au personnel d'EDF ou d'Areva: bas salaires, précarité de l'emploi, "ils ont les garanties sociales les moins élevées", selon M. Sylvain.
En octobre dernier, la CGT, qui réclame avec la CFTC une table-ronde sur le nucléaire, avait critiqué le "mépris" d'EDF vis-à-vis de ces salariés "jetés comme de vulgaires kleenex".
Et elle avait soutenu en février une grève de la faim de neuf sous-traitants pour conserver leur emploi à la centrale de Cruas (Ardèche).
Ces salariés subissent "70% des doses irradiantes et des accidents du travail", puisqu'ils sont amenés à réaliser "les gestes les plus exposés", souligne M. Sylvain.
Egalement pointés du doigt par les syndicats, les délais d'intervention: "c'est un objectif de la direction d'EDF de raccourcir le plus possible la durée des arrêts (pour maintenance), ce qui entraîne une pression plus importante sur l'ensemble des salariés", affirme le responsable cégétiste.
EDF assure pour sa part que "la sécurité est une vigilance de tous les instants vis-à-vis de ses salariés comme de ses prestataires". La direction met en avant la baisse de la fréquence des accidents du travail dans le nucléaire, passée de 14,3 (par million d'heures travaillées) en 1992 à 4,6 en 2007.
La CFDT, de son côté, avait dénoncé en début d'année le sort des "itinérants" ou "nomades du nucléaire" qui se déplacent de centrale en centrale pour assurer la maintenance.
"Leurs salaires sont si bas et les indemnités si faibles que certains n'hésitent pas à dormir dans leurs voitures", avec 50 euros par jour pour se nourrir et se loger, selon Christian Papini (CFDT).
(©AFP / 24 juillet 2008 16h17)