Entre derricks et éoliennes, l'Amérique balance
NEW YORK - Face à l'essence chère et à la "dépendance envers le pétrole étranger" -- une obsession aux Etats-Unis -- deux grands projets divisent les Américains: relancer massivement l'exploration pétrolière ou parier en grand sur l'éolien et le solaire.
Deux solutions qui séparent aussi maintenant les candidats à l'élection présidentielle de novembre, le républicain John McCain et le démocrate Barack Obama.
Le premier projet, dont le slogan est "Drill! Drill! Drill!" (Forez!, forez! forez!), est dû à l'ex-leader républicain Newt Gingrich. Il plaide en faveur de la multiplication des forages aux Etats-Unis, à terre et en mer, pour exploiter des réserves pétrolières encore intactes.
Sa campagne, qui déjà recueilli un million et demi de signatures, réclame la levée de l'interdiction actuelle des forages off-shore, en Alaska et dans les schistes bitumineux, des roches sédimentaires riches en pétrole. Un embargo décidé il y a plus de 20 ans au nom de l'environnement.
Les partisans de M. Gingrich estiment que les Etats-Unis se tirent une balle dans le pied alors que les autres pays producteurs s'activent.
"Les Américains ont le choix entre +Payez plus, Envoyez plus d'argent aux dictateurs étrangers et Handicapez plus l'Amérique+, et +Produisez plus, Profitez plus, Payez moins, Renforcez la majorité de centre-droit. Faites votre choix", martèlent M. Gingrich et son lobby American Solutions.
Dans leur sillage, le président George Bush vient de déclarer la levée de l'embargo sur les forages en mer, mais il lui faudrait en pratique l'accord du Congrès, peu probable car majoritairement démocrate.
Les trésors enfouis des schistes bitumineux, qui selon des études officielles abriteraient trois fois les réserves saoudiennes de pétrole, ont déclenché une passion dans le pays, notamment autour d'une formation géante dans les Rocheuses, le Bakken Shale, à la frontière canadienne, qui recèlerait de 3 à 4,3 milliards de barils.
Tout au contraire, le milliardaire T. Boone Pickens, plaide pour un virage à 180 degrés en pariant principalement sur l'éolien et le solaire pour réduire les importations pétrolières en 10 ans.
T. Boone Pickens, 80 ans, une légende du pétrole texan, milite, dans un revirement spectaculaire, pour la construction de fermes éoliennes géantes qui selon lui pourront dans 10 ans produire 20% de l'électricité du pays.
Il s'appuie pour cela sur un récent rapport du gouvernement américain qui juge cette hypothèse plausible. Il plaide aussi pour l'utilisation systématique du gaz naturel comme carburant. Cela permettrait de réduire d'un tiers les importations pétrolières des Etats-Unis dans les 10 ans, soit 230 milliards de dollars d'économies.
Et il en appelle aux deux candidats à la Présidentielle, les mettant au défi de trancher.
Le milliardaire mène actuellement une campagne médiatique massive pour son "Pickens Plan" avec des slogans choc comme "l'Amérique est l'Arabie Saoudite du vent" ou "les importations de pétrole étranger coûtent trois fois le prix de la guerre en Irak".
Il engage aussi ses propres deniers: il va dépenser plus de 10 milliards de dollars pour bâtir au Texas une ferme éolienne géante de 4 Gigawatts, la plus grande du monde avec 2.700 éoliennes, prévue pour 2014.
Ses détracteurs l'accusent de plaider pour ses intérêts, puisqu'il a investi dans des groupes éoliens et solaires.
Deux visions qui reflètent deux aspects d'un même ras-le-bol de l'essence chère, une nouveauté pour les Américains, qui sont très tentés par l'idée de nouveaux forages.
Sous la pression de l'opinion, John McCain, qui jusqu'ici était contre, vient de se déclarer favorable aux forages off-shore. Barack Obama y reste opposé, au nom de l'environnement, et propose des aides massives aux énergies renouvelables.
A noter qu'aucun des deux camps ne milite simplement pour des économies d'énergie.
(©AFP / 26 juillet 2008 09h10)