La Roumanie confrontée au casse-tête de ses ours bruns
BUCAREST - La Roumanie est l'un des rares pays d'Europe où les ours bruns foisonnent, mais les descentes de plus en plus fréquentes des plantigrades en ville, notamment dans la région de Brasov (centre), où ils ont tué plusieurs personnes, inquiètent les autorités.
Dernier drame en date, un jeune homme de 20 ans a été déchiqueté dans la nuit de jeudi à vendredi par un ours alors qu'il s'était endormi sur un banc, dans une allée non loin du centre de Brasov.
Autorisés à abattre l'animal avant qu'il ne récidive, les chasseurs ont monté la garde la nuit suivante et, sans surprise, se sont retrouvés à l'aube face à face avec l'ours, revenu sur les lieux de l'attaque.
"Normalement, l'ours brun n'attaque pas l'homme, au contraire, quand il en voit un il prend la fuite", explique à l'AFP Dorel Noaghea, le responsable de l'association des chasseurs de Brasov.
Les incidents récents, une dizaine ces cinq dernières années où plusieurs personnes ont été blessées ou tuées, "sont imputables à l'homme, qui ne respecte pas l'habitat des ours ou, pire encore, veut les transformer en attraction touristique", en leur offrant de la nourriture pour permettre aux touristes de se photographier avec eux, dit-il.
Selon ce sylviculteur de formation de 51 ans, qui assure avoir "rencontré des centaines d'ours" depuis qu'il arpente les forêts des Carpates, les descentes des plantigrades des alentours de Brasov en ville ont commencé à la fin des années 1970, lorsque cette station touristique a commencé à s'étendre vers les bois avoisinants.
Apeurés au début, les ours se sont peu à peu habitués à fouiller les poubelles à la recherche de nourriture, sous les regards amusés des habitants, une coutume qui leur a valu le nom d'"ours éboueurs".
Si plusieurs de ces épisodes ont tourné au drame, les anecdotes ne manquent pas non plus. "Un jour je reçois un coup de fil d'une personne qui me dit: +il y a un ours polaire dans mon garde-manger+", raconte un chasseur. Incrédule, il se rend à l'adresse indiquée, pour découvrir une ourse toute recouverte de farine, qui s'êtait délectée des vivres retrouvés dans l'appartement.
La même femelle, selon lui, a semé la panique quelques mois plus tard après être grimpée, avec son ourson, au troisième étage d'un immeuble, où ils ont passé plusieurs heures avant d'être capturés.
Un autre exemplaire s'était introduit par une fenêtre dans un sanatorium de Predeal (140 km au nord de Bucarest) et avait été retrouvé la tête coincée à l'intérieur d'un récipient contenant des restes de nourriture.
Alors que de telles "sorties" se sont multipliées, les autorités cherchent des solutions pour enrayer le phénomène, sans toutefois mettre en danger cette espèce protégée.
"Nous avons lancé un programme de relogement des ours éboueurs dans des régions lointaines, où ils bénéficient de nourriture abondante, afin de les déterminer à rester", indique le responsable en charge de la biodiversité au ministère de l'Environnement, Mihai Manoiu.
Selon lui, la Roumanie, qui compte entre 6.000 et 6.200 ours bruns, avait proposé d'en exporter vers des pays où cette espèce est en voie d'extinction, "mais, comme il s'agissait d'ours éboueurs, ces pays ont refusé", regrette-t-il.
Malgré les pressions des chasseurs, les autorités n'envisagent toutefois pas de lever les restrictions sur la chasse, d'autant plus que l'Union européenne surveille de près ce dossier.
Pour la saison 2007-2008, Bucarest a ainsi autorisé la chasse de 333 ours, "et ce uniquement dans les régions où l'on enregistre des dégâts ou des incidents meurtriers", assure M. Manoiu.
(©AFP / 05 août 2008 06h05)