Suicide d'un adolescent sous antidépresseurs: action en justice autorisée
WASHINGTON - Un juge fédéral de Pennsylvanie (est) a autorisé une famille américaine à poursuivre en justice le laboratoire pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline après le suicide de leur fils de 16 ans sous traitement au Paxil, un antidépresseur controversé.
Les parents de Jake Garrison, qui s'est suicidé avec une arme à feu à l'âge de 16 ans le 14 septembre 2002, voulaient engager des poursuites judiciaires, estimant que leur fils avait subi les effets secondaires du Paxil censé traiter son manque d'estime de lui-même.
La décision rendue par le juge Ronald Buckwalter et dont l'AFP a obtenu copie vendredi permet de renvoyer l'affaire devant une cour civile où la décision finale appartient à un jury populaire.
"Au moment où le Paxil a été prescrit à Jake Garrison (...), la FDA (Food and drug administration) avait déjà publiquement établi sa position quant à un lien entre la prise de ce médicament par des jeunes (...) et un risque accru de pensées suicidaires", constate le juge.
Les avocats du laboratoire pharmaceutique avaient argumenté que, sans demande expresse de la FDA, l'agence américaine de réglementation des produits pharmaceutiques et alimentaires, ils n'étaient pas tenus d'apposer un avertissement sur un médicament.
La procédure judiciaire devra décider "si GlaxoSmithKline en effet possédait une information, non disponible à la FDA, à partir de laquelle il aurait pu unilatéralement ajouter un avertissement à la notice, cohérente avec les règles de la FDA".
"Les fabricants de médicaments détiennent la meilleure information à propos de la sécurité des produits qu'ils fabriquent et donc, en respectant la réglementation, ils ont la possibilité de modifier une notice de médicament avant l'évaluation et la validation de la FDA", ajoute-t-il.
Contacté par l'AFP, le laboratoire pharmaceutique n'avait pas encore réagi à la décision du juge.
En mai 2006, le laboratoire britannique et la FDA avaient averti la profession médicale dans une lettre des risques présentés par le Paxil, avec une plus grande fréquence des suicides chez les jeunes de 18 à 30 ans. Une mise en garde très sévère avait du coup été ajoutée dans la notice.
Mais l'étude à partir de laquelle cet avertissement était apparu ne portait pas sur les effets secondaires de l'antidépresseur chez les adolescents.
En 2003 déjà, la FDA avait publié un communiqué dans lequel elle recommandait que "le Paxil ne soit pas utilisé pour traiter des enfants et des adolescents", arguant qu'il n'y avait "pas actuellement de preuves que le Paxil soit efficace sur les enfants et les adolescents".
(©AFP / 05 septembre 2008 23h38)