Les pays européens divergent sur la libéralisation des quotas de pêche
BRUXELLES - Les pays européens se sont mis accord lundi pour conserver les quotas de pêche, malgré leurs imperfections, mais ils divergent sur l'opportunité de libéraliser le système en créant un grand marché où les droits pourraient se négocier.
"Un débat assez controversé a eu lieu sur l'instauration d'un marché des quotas individuels au niveau européen", a reconnu devant la presse le ministre français de la Pêche, Michel Barnier, dont le pays préside l'UE, à l'issue d'une réunion avec ses collègues européens à Bruxelles.
"Certains voient dans cette individualisation et dans ce marché qui pourrait être créé une possibilité de responsabiliser les entreprises (de pêche), d'autres y voient le risque d'une financiarisation" du secteur, et "Dieu sait si ce risque existe un peu partout", a-t-il ajouté dans une allusion à la crise financière mondiale et aux dangers de la spéculation.
Actuellement, les pays de l'UE fonctionnent avec un système étatique et administré. Les quotas sont rediscutés chaque année en fonction de la ressource halieutique. Après se les être répartis, les Etats les distribuent à des organisations collectives de pêcheurs.
Hors de l'UE, un autre système est en vigueur, notamment en Norvège, Islande, Nouvelle-Zélande et Australie: le gouvernement attribue une fois pour toutes des "quotas individuels transférables" aux pêcheurs, qui sont ensuite monnayables et échangeables sur un marché privé.
Ses partisans jugent que cette formule pousse les pêcheurs à adopter des comportements plus vertueux, en ménageant les stocks de poissons pour faire fructifier leur "bas de laine" qu'ils pourront un jour revendre au prix fort, au moment de partir en retraite par exemple.
Mais la France y est opposée. "Ce n'est pas un souhait de la présidence (que d'adopter un tel système), loin s'en faut, mais c'est une option" dont on peut discuter, a souligné M. Barnier.
Paris redoute que cela conduise "à une concentration des entreprises, les plus puissantes achetant les moins puissantes" avec à la clé une remise en cause de la pêche artisanale, et une réduction de la flotte, a dit M. Barnier. La France préfère expérimenter une solution intermédiaire: des droits individuels mais continuant à être administrés par l'Etat.
A l'inverse, le Danemark, les Pays-Bas y sont favorables. L'Espagne est également ouverte. Et la Commission européenne se montre plutôt bienveillante.
Le commissaire européen à la Pêche Joe Borg a fait valoir que le système était "utilisé dans d'autres pays" et devait être au moins discuté.
La réunion de lundi a été l'occasion pour la présidence française de l'UE de lancer un débat sur les moyens de rendre plus flexible le système des quotas, jugé souvent trop strict et arbitraire par les pêcheurs, débat réclamé par le président Nicolas Sarkozy au début de l'année.
M. Barnier a toutefois souligné qu'il n'était pas question de les abroger. Il y a eu "un fort consensus" pour le maintien du système dans ses grandes lignes. "Nous savons qu'on a besoin des quotas" pour gérer la ressource, a-t-il ajouté.
Paris souhaite pouvoir discuter de quotas sur plusieurs années notamment, et faire en sorte que les avis des pêcheurs soient davantage pris en compte pour déterminer des possibilités de captures, par rapport à ceux des scientifiques qui font foi aujourd'hui.
(©AFP / 29 septembre 2008 17h23)