La Suisse va évaluer l'état de 8.000 t de munitions coulées dans ses lacs
BECKENRIED (Suisse) - Les autorités suisses vont démarrer mardi une vaste campagne pour examiner l'état et la dangerosité de plus de 8.000 tonnes de munitions coulées dans les lacs du pays et dont la décomposition pourrait menacer l'environnement, ont-elles indiqué.
Les militaires suisses vont commencer par remonter des échantillons de munitions depuis le fond du lac des Quatre cantons (centre), a précisé à l'AFP Benno Bühlmann, responsable de l'environnement des cantons limitrophes du lac.
Ils seront aidés d'Armasuisse, le centre de compétences de l'armée helvétique pour l'acquisition de matériels technologiquement complexes et de technologies de l'armement.
Ce lac au panorama idyllique recèle environ 3.200 tonnes de diverses munitions -- obus d'artillerie, grenades, mèches et détonateurs --, des surplus de l'armée qui ont été coulés dans les flots, entre 150 et 200 mètres, depuis la Première guerre mondiale jusque dans le milieu des années 1960, selon les données officielles.
"Nous allons récupérer des échantillons de munition, pour ensuite analyser en laboratoire leur état de décomposition et les risques qu'ils peuvent représenter", a ajouté M. Bühlmann.
"Il n'y avait pas de considération écologique dans le passé et c'était alors la meilleure façon de se débarrasser des munitions", reconnaît le responsable, qui exclut toutefois de faire remonter l'ensemble des munitions.
Au-delà du danger d'explosion, provoqué par la remontée des obus, le soulèvement des sédiments chargés de résidus de TNT et de métaux lourds pourrait provoquer "un désastre écologique", a averti M. Bühlmann.
"Les munitions sont actuellement recouvertes par une trentaine de centimètres de sédiments qui les isolent", a-t-il précisé, ajoutant qu'aucune pollution n'a été relevée dans le lac.
Pour cette opération présentée comme une première mondiale, l'armée suisse va utiliser une barge modifiée, équipée d'un grappin et guidée par un robot sous-marin pour remonter des échantillons des profondeurs du lac.
L'opération doit durer entre deux et trois semaines et sera reproduite dans deux autres lacs ayant servi de décharges militaires: le lac Thoune et de Brienz (centre). Un rapport final devra être remis d'ici la fin 2009.
Au total, environ 8.000 tonnes de munitions ont été vidées dans ces trois lacs de montagne, selon les estimations officielles.
Les autorités suisses excluent pour l'heure tout risque de contamination.
Des poissons du lac de Thoune, où gisent environ 4.600 tonnes de munitions, sont atteints de mystérieuses anomalies de leurs organes reproducteurs, mais les explosifs de l'armée ont été mis hors de cause par des scientifiques.
(©AFP / 06 octobre 2008 14h54)