"La fièvre de l'or", un documentaire sur un massacre humain et écologique
PARIS - La chasse aux pépites et aux poussières d'or en Guyane française, comme dans le reste de l'Amazonie, détruit la forêt, ruine la santé des habitants et alimente la prostitution, selon un documentaire du journaliste Olivier Weber qui sort en salles mercredi.
"L'or et le sang sont intimement mêlés", affirme le chercheur d'or Guy Rigottier, devant une clairière remplie d'eau rougeâtre au milieu d'arbres fraîchement déracinés.
Une seule journée et une seule pelleteuse ont suffi à cet orpailleur à opérer dans la forêt une saignée de la taille de plusieurs terrains de football. Dans l'espoir de récupérer quelques grammes de métal jaune, il se déplace et recommence "tous les trois ou quatre jours" le même carnage.
L'orpaillage qui fait tomber les arbres pollue aussi les rivières au mercure. Le poisson, seule source de protéines disponible sur place, devient poison.
"Ici, il y a les lois françaises, mais on sait très bien qu'il y a des tolérances", affirme M. Rigottier, parfaitement conscient du fait qu'en métropole, les autorités ne laisseraient pas faire.
Cachés dans la forêt, les "garimpeiros" venus du Brésil triment du lever du jour à la tombée de la nuit. Dans leurs villages clandestins, tout se paye en or, du plat de riz aux services des prostituées brésiliennes.
"Les hommes et les femmes qui sont là-bas sont complètement piégés par les mafias et leur parrains", a déclaré à l'AFP Olivier Weber, qui avec son équipe, a été menacé plusieurs fois pendant le tournage.
Hautement organisées, les pègres amènent sur la place la nourriture, l'essence pour faire avancer les pirogues, et surtout le mercure nécessaire à amalgamer la poussière jaune.
Avec la destruction de leur environnement, les Amérindiens sont aujourd'hui menacés d'"ethnocide", selon le terme employé par un de leurs représentants.
Chez certains enfants, des taux de mercure quatre fois supérieurs aux normes internationales ont été constatés. Interdit à la vente en Guyane française, ce métal liquide hautement toxique pour le système nerveux et les reins arrive par des avions qui repartent chargés de métal jaune.
Sur ce terreau délétère, la religion fleurit. "Il y a vraiment une touche de Dieu en Guyane, de surnaturel", se réjouit devant la caméra le pasteur évangéliste Dominique Roellinger, dont la fille organise des séances de maquillage avec des prostituées pour prêcher l'évangile.
(©AFP / 10 octobre 2008 11h53)