Iran: 60 économistes critiquent de nouveau la politique d'Ahmadinejad
TEHERAN - Quelque 60 économistes iraniens ont de nouveau adressé une lettre ouverte au président Mahmoud Ahmadinejad pour dénoncer le "lourd tribut payé par le pays du fait des conséquences négatives de la politique du gouvernement", a rapporté samedi l'agence semi-officielle Irna.
"Par le passé, les économistes ont présenté leur analyse et leurs critiques, (...) notamment la manière de dépenser les revenus pétroliers, mais les responsables gouvernementaux les ont ignorées et le pays a payé un lourd tribut du fait des conséquences négatives de la politique du gouvernement", écrivent les économistes des grandes universités de Téhéran et de province.
Des économistes ont déjà écrit plusieurs lettres ouvertes au président pour le mettre en garde contre les conséquences négatives de sa politique économique et, en particulier, "l'injection inconsidérée des revenus pétroliers dans l'économie".
Mais le président a systématiquement ignoré ces critiques.
Cette fois-ci, le ton de la lettre, particulièrement longue et très détaillée, est encore plus dure que les précédentes.
Les économistes affirment que le "regard du gouvernement sur les questions internationales et intérieures est +non scientifique+". Ils dénoncent pêle-mêle "l'idéalisme extrémiste", "la précipitation dans l'action" ou encore "l'absence d'évaluation du coût des programmes économiques".
Ils dénoncent aussi durement "la politique commerciale erronée et la politique de tension avec le reste du monde qui a privé l'Iran des opportunités de commerce et d'investissements étrangers, imposant de lourds coûts à l'économie du pays".
Selon la lettre, "les sanctions imposées par les Nations unies" sur le programme nucléaire controversé a entraîné plusieurs milliards de dollars de coûts supplémentaires pour le commerce extérieur.
Les signataires de la lettre accusent le gouvernement d'avoir dilapidé les revenus pétroliers.
Ils lui reprochent aussi de recourir aux importations massives pour tenter de contrôler l'inflation, qui a atteint les 30% au cours des 12 derniers mois.
Les signataires de la lettre mettent en garde contre les conséquences de la crise économique mondiale et la baisse des revenus pétroliers qui "imposera des coûts très lourds au pays".
Après avoir approché les 150 dollars en juillet dernier, le prix du baril a chuté à moins de 60 dollars.
Or, il y a quelques jours, le vice-président de la banque centrale, Ramin Pachaifam, a averti que si le prix du baril se maintenait à moins de 60 dollars, l'Iran ferait face à de "gros problèmes" économiques.
De nombreux spécialistes ont déjà critiqué par le passé la politique économique du président Ahmadinejad, qui a provoqué des désaccords au sein même du gouvernement.
Ainsi, le ministre de l'Economie Davoud Danesh Jafari a démissionné en avril et le président de la Banque centrale, Tahmasb Mazaheri, en septembre.
Tous deux ont critiqué l'amateurisme des décisions économiques prises par le gouvernement.
(©AFP / 08 novembre 2008 16h16)