Cuba: vaste campagne pour tenter de réduire les dépenses d'énergie
LA HAVANE - Les autorités cubaines ont lancé une vaste campagne pour tenter de réduire les dépenses d'énergie en raison de la crise économique qui frappe durement le pays et fait craindre aux Cubains le retour des pénuries.
Dans les médias cubains, le mot d'ordre donné à la population est qu'il faut en finir avec le gaspillage des ressources énergétiques, sous peine d'être confrontée à des pannes de courant.
Les autorités veulent faire baisser de 12% la consommation électrique de certains commerces et sociétés.
"Dans le contexte de la grave crise économique et financière mondiale, la politique (d'épargne) est devenue une chose vitale", a écrit récemment Lazaro Barredo, député et directeur de l'organe du Parti communiste cubain, Granma.
"Selon les mots du président de la Banque centrale Francisco Soberon, la gravité du problème est telle que si politiquement nous disons +la patrie ou la mort+, nous pouvons dire sans exagération dans un tel contexte, +l'épargne ou la mort+", a-t-il ajouté en référence au célèbre slogan du Père de la révolution cubaine Fidel Castro.
La crise, qui "affecte les exportations du pays et les entrées des touristes", a obligé les autorités à diviser par trois leurs prévisions de croissance pour 2009 qui sont passées de 6% à 2%, selon le ministre de l'Economie, Marino Murillo, qui a mis en garde contre des "restrictions de consommation".
Mais d'après l'économiste Pavel Vidal de l'Université de La Havane, la croissance ne pourrait être cette année que de 1%, voire même négative pour la première fois depuis 16 ans à Cuba.
Cette situation inquiète d'autant plus les Cubains que le secteur des transports en commun, en voie de rétablissement après une vingtaine d'années de pénuries, est aussi touché par les restrictions de consommation de carburant, provoquant une diminution d'un service déjà insuffisant.
"Les gens ne parlent de rien d'autre. Ils sont tous sur le qui-vive en raison de l'ampleur de la campagne (médiatique) et pensent que le retour des pannes de courant n'est pas loin", affirme Ricardo Perez, un charpentier de 44 ans interrogé à La Havane.
La fin des subsides soviétiques -ainsi que le renforcement de l'embargo américain- avait entraîné dans les années 1990 de graves pénuries et pannes de courant sur l'île.
Mais le pays s'est trouvé depuis un nouvel allié, le Venezuela de Hugo Chavez qui lui fournit près de 100.000 barils de pétrole par jour. "Mais le Venezuela pourrait devenir un allié incertain en raison de ses propres difficultés économiques causées par la chute des prix du pétrole", estime un économiste cubain sous couvert de l'anonymat.
A Cuba, sont en partie responsables de la crise la hausse des importations de denrées alimentaires -l'île importe déjà 84% de ses besoins en la matière- en raison de trois ouragans destructeurs en 2008, et la chute des cours du nickel, principal produit d'exportation cubain, sur les marchés mondiaux.
La production agricole a également reculé de 7,3% au premier trimestre de cette année par rapport à la même période de 2008, selon des chiffres officiels.
Les autorités rapportent enfin un important déséquilibre commercial alors que les importations ont représenté 78% des échanges et les exportations 22% sur cette période.
La crise mondiale fait en outre peser la menace sur l'industrie du tourisme, une des principales sources de devises au pays. Même si le nombre de visiteurs a augmenté de 2% au premier trimestre (809.000 personnes), ceux-ci dépensent beaucoup moins, faisant chuter de 14% (509 M USD) les recettes dans ce secteur, selon des chiffres officiels.
Cette situation a entraîné sur cette île de 11,2 millions d'habitants une crise de liquidités qui, craignent des diplomates étrangers, risque de se transformer en crise de solvabilité.
(©AFP / 27 mai 2009 08h51)