Brésil: écologistes et agrobusiness s'empoignent sur l'Amazonie
BRASILIA (Brésil) - La protection de l'Amazonie est l'enjeu d'une nouvelle empoignade au Brésil entre les écologistes et les partisans de l'agrobusiness qui cherchent à assouplir les lois environnementales pour exploiter de nouvelles terres.
"Au cours des derniers mois, nous n'avons subi que des revers", a déclaré le ministre de l'Environnement Carlos Minc jeudi après avoir fait savoir qu'il était "opposé" à l'asphaltage d'une route qui traverse la région la mieux préservée de l'Amazonie.
Le ministère de l'Environnement ne peut être "fragilisé, humilié, écartelé, négligé", a lancé Minc qui se bat contre les ministres de l'Agriculure et des Transports et contre les parlementaires qui défendent les intérêts des grands propriétaires terriens.
Le plus grand danger, selon les écologistes, est la pression exercée par l'agrobusiness pour modifier le code forestier et réduire de 80% à 50% les zones de forêts que les propriétaires fonciers en Amazonie sont obligés de préserver sur leurs terres.
Deux autres mesures ont été approuvées par le parlement sous la pression de l'agrobusiness: une autorisation pour asphalter des routes sans licence écologique préalable et la régularisation de terres en Amazonie. Elle permettra de donner un titre de propriété à 500.000 personnes qui ont occupé illégalement des terres publiques dans la région et les ont déboisées.
Les écologistes dénoncent également le vaste programme gouvernemental d'infrastructure qui prévoit la construction de routes et d'usines hydroélectriques.
Il y a tout juste un an, l'ex-ministre de l'environnement, Marina Silva, avait claqué la porte du ministère, affaiblie par un bras de fer avec le ministre de l'Agriculture, Reinhold Stephanes, qui encourageait le développement de l'élevage dans la région amazonienne. Elle avait mis en garde sur les dangers "d'un retour en arrière" dans l'environnement.
Minc qui a fait part jeudi de son mécontentement au président Luiz Inacio Lula da Silva a affirmé que ce dernier l'avait "assuré de son soutien".
"Le président Lula va devoir décider s'il est du côté de la préservation ou de la destruction" de l'Amazonie, a déclaré le directeur de Greenpeace Sergio Leitao.
Les accusations des écologistes ont profondément irrité la présidente de la Confédération nationale de l'Agriculture (CNA), la sénatrice Katia Abreu: "Nous représentons un tiers du PIB brésilien et des exportations" et la "société devra décider si nous devons arracher des aliments pour planter des arbres", a-t-elle réagi.
Mais en Amazonie "165.000 km2 de terres sont abandonnés ou semi-abandonnés et il n'est pas nécessaire de déboiser plus" pour planter, a affirmé Marina Silva vendredi à la chaîne Globo News.
En 2008, les déboisements ont totalisé 12.000 Km2 en Amazonie -où vivent 25 millions de personnes-, ce qui fait du Brésil le quatrième émetteur de gaz à effets de serre de la planète.
Le Brésil a annoncé en décembre un plan national sur le changement climatique dans lequel il se fixait comme objectif, pour la première fois, de réduire de 70% la déforestation d'ici à 2018.
(©AFP / 30 mai 2009 06h51)