Nigeria: campagne d'Amnesty sur la pollution pétrolière, Shell réagit
LAGOS - Amnesty International (AI) a rendu public mardi à Paris un rapport sur la pollution pétrolière au Nigeria dans le delta du Niger, qui a entrainé une vive réaction de Shell.
"Ce rapport devait avoir trait au delta du Niger, c'est en fait une attaque de peu de valeur sur Shell Petroleum Development Company of Nigeria (SPDC), a déclaré à l'AFP Olav Ljosne, le directeur de la communication du groupe anglo-néerlandais pour l'Afrique.
Dans le Delta du Niger, où vivent 31 millions d'habitants sur une superficie égale à celle de la Belgique, "la pollution pétrolière se voit à vue d'oeil, les gens pataugent dans le pétrole, l'air et l'eau sont pollués par le torchage (technique qui consiste à brûler à l'air libre le gaz produit par l'extraction pétrolière, ndlr), les pêcheurs capturent des poissons pollués aux métaux lourds provenant des résidus de forage", a affirmé un membre du bureau exécutif d'AI, Francis Perrin, au cours d'une conférence de presse.
"On estime que depuis 50 ans, il y a chaque année dans le delta une marée noire comme celle du pétrolier Exxon-Valdez (50.000 tonnes de pétrole déversées dans la mer le 24 mars 1989 en Alaska), et les compagnies pétrolières profitent de la faiblesse des réglementations au Nigeria", a t-il ajouté.
"Amnesty International est venu à Port Harcourt (sud du Nigeria) nous poser des questions, mais elle oublie de dire qu'environ 85% de la pollution provient d'attaques et de sabotages de nos installations qui mettent la vie de nos employés en danger. Ces dix derniers jours nous avons eu 5 attaques avec une perte de production de 140.000 barils par jour", a répliqué M. Ljosne.
"Ces trois dernières années (2006-2008) 133 employés de la SPDC ont été kidnappés et cinq personne travaillant pour notre co-entreprise (avec la compagnie nationale nigériane NNPC) ont été tués", a-t-il poursuivi.
"Nous demandons que les compagnies commencent leurs nouveaux forages par des études d'impact sur l'environnement et les populations, nous demandons au gouvernement et au parlement du Nigeria de faire respecter les législations existantes et de durcir les réglementations anti-pollution et enfin, il faut que les populations qui estiment leurs droits violés puissent faire des recours devant les tribunaux", a poursuivi M. Perrin.
Plusieurs compagnies exploitent le pétrole nigérian, Eni, Total, Mobil, Exxon, Chevron et la plus important est le géant pétrolier anglo-néerlandais Shell.
"Nous partageons la préoccupation d'Amnesty pour les habitants du delta et serions heureux de travailler avec elle pour trouver des solutions, mais ce rapport ne traite pas des questions fondamentales: pauvreté, crime, corruption, militantisme (armé), conclut M. Ljosne.
(©AFP / 30 juin 2009 18h48)