A Armentières, le roman de Lucien Suel ouvre les portes de la psychiatrie
ARMENTIERES (Nord) - "A l'Etablissement public de santé mentale d'Armentières, les portes des bâtiments sont toujours ouvertes", se plaît à rappeler l'équipe de soignants. Tellement ouvertes, que l'écrivain Lucien Suel a choisi de s'y établir pendant un an pour y rédiger son deuxième roman.
"La patience de Mauricette", qui raconte la vie et le parcours psychiatrique d'une patiente de l'EPSM de Lille Métropole, a été écrit entre juin 2008 et mai 2009 au coeur même de l'établissement de santé mentale, où Lucien Suel était accueilli dans une "résidence d'artistes".
Immergé dans le "secteur 59G18", qui accueille des patients souffrant aussi bien de dépression nerveuse que de pathologies plus lourdes (schizophrénie, démence), M. Suel a suivi le quotidien de la clinique, assistant aux séances avec les psychologues, rencontrant les patients, dormant même dans le bâtiment qui héberge les médecins, et puisant ainsi un "formidable terreau" pour son livre.
"Je n'aurais pas pu écrire ce livre en étant à l'extérieur, j'en suis certain. Certes, Mauricette existait déjà dans mon imagination, mais c'est ici qu'elle a véritablement trouvé le lieu pour s'incarner", explique Lucien Suel.
"Quand je suis arrivé, j'avais un regard assez innocent sur la psychiatrie, j'étais encore fortement imprégné des images des asiles des années 50. Mon expérience ici, les rencontres que j'ai pu y faire, ont totalement bouleversé cette vision", souligne-t-il.
A l'origine du projet, une envie du praticien hospitalier responsable du secteur, Christian Müller, d'accueillir un écrivain dans l'établissement. "Même si l'art était déjà présent à l'EPSM, notamment au travers d'ateliers thérapeutiques de peinture ou de sculpture, l'écriture était curieusement absente", indique-t-il.
Au même moment, la Direction régionale des affaires culturelles cherchait à soutenir le projet d'écriture d'un écrivain de la région. La rencontre entre Christian Muller et Lucien Suel a fait le reste. "C'était le seul des écrivains qu'on a vu qui sonnait juste, c'était comme une évidence", selon le docteur Müller.
A partir de là, Lucien Suel a été adopté aussi bien par le personnel soignant que par les patients, nouant même des liens d'amitié avec certains.
"Je ne voulais surtout pas avoir un regard de voyeur. Ce que je voulais c'est comprendre la vie d'un établissement, m'inspirer des lieux pour donner vie à mon roman", explique l'écrivain.
"La fiction, c'est paradoxalement le meilleur moyen de rendre compte de notre réalité. L'histoire de Mauricette est ce qui s'approche le plus finement du quotidien de notre travail. Elle est bien plus parlante et vraie que n'importe quel reportage", affirme Christian Muller.
"En lisant ce livre, les gens vont pouvoir se faire une autre idée de la psychiatrie, qui malgré tout continue à faire peur", ajoute-t-il.
Car, "à l'image de Mauricette à la fin de l'ouvrage, on voudrait que le grand public garde en tête que la psychiatrie, c'est d'abord et avant tout des +braves gens+", insiste le praticien.
(©AFP / 04 septembre 2009 08h35)