Hulot: l'argent des grands groupes "ne compromet pas ma liberté de parole"
PARIS - L'écologiste Nicolas Hulot revendique le financement de sa fondation et de son film, "Le syndrome du Titanic" (en salles le 7 octobre) notamment par de grandes entreprises, assurant qu'il ne compromet ni sa "liberté de parole" ni sa "liberté d'action".
Q : Pour le financement de la Fondation Nicolas Hulot, comme pour celui de votre film, vous vous êtes tourné vers des grands groupes, tels qu'EDF ou la SNCF. Cela ne vous pose aucun problème ?
R : "Cela ne doit pas se faire de manière désinvolte. Mais le dialogue avec le monde économique, je l'assume. Il faut des moyens pour agir et se battre et je trouve qu'il est plus normal que ce soient les entreprises qui participent financièrement que sempiternellement les citoyens qui sont déjà sollicités.
"Je n'ai pas le sentiment de me compromettre en dialoguant avec les entreprises: les acteurs économiques participent à la société, avec leurs excès mais aussi leur apport social".
"Après, chacun peut fixer ses limites, c'est très personnel. Je ne donnerai pas de noms mais il y a des entreprises avec lesquelles je refuse de travailler. Je pense qu'il y a des entreprises qui évoluent dans leurs pratiques et qu'il y en a qui sont dans un cynisme absolu".
Q - Quels que soient vos principes de départ, ne vous retrouvez-vous pas, de fait, dans une forme de vulnérabilité vis-à-vis de vos partenaires ?
R - "Personne ne pourra apporter le moindre début de soupçon sur le fait que cela a pu compromettre ma liberté de parole et ma liberté d'action".
"On a eu un exemple une fois dans le mécénat de la Fondation d'un partenaire de la grande distribution qui a souhaité intervenir sur le contenu d'un livre pédagogique dans lequel nous encouragions les gens à privilégier le commerce de proximité. Dans les jours ou semaines qui ont suivi, ce partenariat a pris fin".
"Quand je réclame que l'électricité soit incluse dans la taxe carbone, est-ce que vous croyez que je tourne sept fois ma langue dans ma bouche en me disant +Ca ne va peut-être pas plaire à EDF+ ? Je pense que c'est un exemple simple d'une certaine indépendance de parole".
Q - Concernant le "Syndrome du Titanic", avez-vous, à la demande de l'un de vos partenaires, modifié votre film que ce soit sur les images ou la bande son?
R - "Des ajustements ont été faits dans le film, jusqu'à la fin, comme cela est fait par n'importe quel réalisateur, il n'y a rien de plus banal à cela. Mais je n'ai fait absolument aucune modification suite à des commentaires de partenaires".
"Je n'ai pas eu le moindre commentaire d'EDF, ni directement, ni indirectement, avant que le film soit fini. Il y a eu un commentaire fait par la SNCF sur le film mais il n'a occasionné aucun changement".
Propos recueillis par Jérôme CARTILLIER
(©AFP / 26 septembre 2009 10h13)