Des Amérindiens canadiens fustigent des propos du Premier ministre Harper
MONTRÉAL - Affirmer que le Canada "n'a aucun passé colonial", comme l'a fait récemment le Premier ministre Stephen Harper est une "insulte" aux Amérindiens de ce pays qui équivaut à "nier l'Holocauste", a déclaré mardi une importante association d'autochtones.
Vantant la bonne tenue de l'économie canadienne lors d'une conférence de presse au G20 de Pittsburgh, vendredi dernier, M. Harper a fait valoir que l'un des atouts de son pays était de n'avoir "aucun passé colonial".
"Nous avons ainsi tous les choses que les gens admirent des grandes puissances, sans les éléments qui les menacent et leur nuisent", a-t-il ajouté.
Ces propos sont "une insulte et une déclaration préjudiciable pour toutes les Premières Nations et les peuples autochtones du Canada", a condamné dans un communiqué l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL).
"La société a la responsabilité de dénoncer de telles déclarations trompeuses", a déclaré le Chef Ghislain Picard, président de l'APNQL, estimant que "nier les antécédents du colonialisme au Canada est tout aussi pire que de nier l'Holocauste".
Le Canada comptait près de 1,3 million d'autochtones (Indiens, métis et Inuits) en 2006, soit 3,8% de la population canadienne, contre 2,8% dix ans plus tôt.
Les relations entre Ottawa et les "Premières Nations" sont définies par la "Loi sur les Indiens", un texte adopté en 1876 et qui régit les terres et la fiscalité des autochtones.
Les premiers habitants du Canada constituent la communauté la plus défavorisée avec des taux d'alcoolisme et de suicide supérieurs à la moyenne, une espérance de vie inférieure de 5 à 7 ans à celle du reste de la population, et sont surreprésentés dans les prisons, représentant 22% des détenus.
Parmi les arguments mis en avant pour démontrer "le colonialisme" canadien, l'APNQL souligne que les autochtones ont été chassés de leur territoire lors de la conquête du pays, puis placés dans des réserves. L'Assemblée rappelle en outre certains procédés mis alors en oeuvre par les Européens, tels la propagation délibérée de maladies sous la forme de distribution de couvertures infectées.
Si "les tactiques ont changé (et) sont maintenant plus raffinées", "la colonisation des territoires et ressources autochtones se poursuit encore de nos jours", a poursuivi M. Picard, estimant qu'Ottawa continue à nier "notre titre, nos droits et nos traités".
(©AFP / 30 septembre 2009 00h36)