Le correspondant russe de RFI, menacé, veut rester en Russie
MOSCOU - Le correspondant du service russe de Radio France Internationale (RFI), Alexandre Podrabinek, qui vit caché en raison de menaces de mort, a estimé vendredi que se réfugier à l'étranger serait un "cadeau" à ses détracteurs.
Le journaliste a déclaré en conférence de presse avoir reçu une "quantité colossale de menaces" depuis la publication le 21 septembre d'un article critique envers l'URSS sur un site internet d'information, mais aussi beaucoup de messages de soutien.
La polémique et les menaces étaient apparues après que le journaliste eut dénoncé dans son article une décision de la mairie de Moscou de débaptiser un restaurant, nommé "Antisoviétique", à la suite d'une plainte d'anciens combattants de la Seconde guerre mondiale.
"Je l'ai écrit sans m'attendre à une telle réaction", escomptant tout au plus "une discussion, peut-être vive", a-t-il dit, ajoutant toutefois qu'il ne regrettait pas son initiative.
Celle-ci a notamment provoqué une vaste campagne du mouvement de jeunes pro-Kremlin Nachi (les Nôtres) contre lui. Ses militants ont régulièrement organisé des actions devant son domicile.
Le journaliste, auquel on demandait s'il envisageait de quitter le pays pour échapper à cette campagne, a répondu : "Sous une telle pression, bien sûr que je ne partirai pas. Je ne ferai pas ce cadeau aux Nachi et aux gens qui souhaiteraient ne pas me voir dans notre pays", a-t-il répondu.
Il a dit en revanche ne pas être opposé , "sur le principe", à l'idée de partir travailler à l'étranger.
Les Nachi, donnant à leur tour une conférence de presse peu après, ont annoncé qu'ils entendaient poursuivre leur action, tant que le journaliste n'aurait pas présenté ses excuses aux anciens combattants de la 2e Guerre mondiale.
"Il s'agit, d'une part, d'obtenir des excuses pour cet outrage, et, d'autre part, et cela n'est pas moins important à notre avis, de rechercher des moyens efficaces de résistance face aux auteurs irresponsables", a déclaré le dirigeant des Nachi, Nikita Borovikov.
Dans le cas contraire, cette "impunité" pourrait susciter de nouvelles offenses à l'encontre des anciens combattants, a-t-il dit, soulignant que son organisation n'employait que des moyens "légaux".
M. Podrabinek a insisté vendredi sur le fait que son article ne visait pas les anciens combattants de la guerre mais "ceux qui ont construit et défendu le pouvoir communiste".
Il a souligné qu'il n'avait nullement l'intention de s'adresser à la police pour demander une protection. "Je sais parfaitement comment travaillent le parquet et la police. Je ne vois pas l'intérêt de m'adresser à eux pour être soutenu", a-t-il dit.
Alexandre Podrabinek, 56 ans, avait été emprisonné pendant huit ans au Goulag à la fin des années 1970 pour des publications clandestines dans lesquelles il dénonçait notamment l'utilisation répressive de la psychiatrie en URSS.
(©AFP / 09 octobre 2009 14h30)