Afrique: les expatriés transfèrent 40 milliards de dollars par an
TUNIS - Les immigrés africains envoient chaque année plus de 40 milliards de dollars vers leur pays d'origine, un montant important mais sous-exploité à cause des coûts élevés de transfert d'argent, indique le Fonds international de développement agricole (FIDA).
"Le montant des envois se révèle plus important que les investissements directs étrangers et l'aide au développement", affirme cette agence de l'ONU dans un rapport présenté lors d'un forum organisé mercredi et jeudi à Tunis.
Dans près de 40 pays, les envois de fonds représentent plus de 10% du PIB et près du tiers sont destinés à des zones rurales, où les destinataires doivent souvent faire de longs trajets pour les encaisser.
"Les lois restrictives et les commissions élevées constituent un obstacle à une utilisation efficace des transferts, qui aident les gens à sortir de la pauvreté", notent les auteurs du rapport.
Alors que les frais de transfert ont beaucoup baissé en Amérique latine et en Asie, "envoyer de l'argent en Afrique reste excessivement cher", le coût des envois pouvant atteindre 25% des montants envoyés, selon le rapport.
L'absence de concurrence est soulignée, deux principaux opérateurs (Western Union et Money Gram) accaparant près de 65% des points de paiement en Afrique.
Le rapport mentionne aussi des restrictions, dans la plupart des pays africains, à l'égard des institutions spécialisées et de la microfinance.
"Le nombre des points de déboursement sur le continent est égal à celui du Mexique, pour un nombre d'habitants représentant le dixième de la population africaine", explique-t-on.
Le FIDA plaide le doublement de ces points, la diversification des institutions --y compris la microfinance et la poste-- ainsi que le recours aux nouvelles technologies.
En Algérie, 95% de transferts sont payés par les bureaux de poste et le Kenya est l'un des rares pays à autoriser les institutions de microfinance.
"Soutenir ce flux d'argent de personne à personne dans les zones rurales de l'Afrique est particulièrement vital en cette période de récession", a souligné Kevin Cleaver, directeur adjoint du FIDA.
Selon lui, les rendre moins coûteux favoriserait l'épargne ou le microcrédit dans une nouvelle dynamique économique, les transferts servant essentiellement à la consommation quotidienne.
Le FIDA dispose d'un mécanisme de 15 millions de dollars pour l'accès des migrants à des services de transfert plus efficaces.
Co-organisateur du forum, la Banque africaine de développement s'apprête à signer avec la France un accord pour la création du Fonds fiduciaire sur les transferts de fonds des migrants.
Le volume de ces transferts depuis la France vers les Comores, le Mali, le Maroc et le Sénégal représente entre 9 et 24% de leurs PIB et près de 80% de l'aide publique au développement.
(©AFP / 22 octobre 2009 21h36)