Egypte: un accusé de la "cellule du Hezbollah" affirme avoir été torturé
LE CAIRE - Un commandant du mouvement chiite libanais Hezbollah, accusé d'avoir projeté des attentats en Egypte et qui comparaît devant un tribunal spécial du Caire, a affirmé mercredi à l'AFP avoir été torturé durant ses interrogatoires.
Mohammed Youssef Mansour, jugé depuis dimanche avec 25 autres personnes devant la cour de sûreté de l'Etat, a déclaré, durant une suspension d'audience, que lui et les autres accusés avaient été "brutalement torturés".
"Tous les détenus ont été torturés. Je n'entends plus de l'oreille droite en raison de la torture permanente. J'ai été électrocuté et battu", a-t-il dit à un journaliste de l'AFP.
Les 26 personnes, deux Libanais, cinq Palestiniens, un Soudanais et des Egyptiens, sont accusées d'avoir planifié des attentats contre des sites touristiques égyptiens et des navires empruntant le Canal de Suez pour le compte du Hezbollah.
La plupart d'entre eux ont été arrêtés fin 2008 et en janvier.
Quatre des accusés sont en fuite, dont le cerveau présumé du groupe, le Libanais Mohammed Qoubyan. Ils sont jugés par contumace.
Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait indiqué en avril que Mansour, un Libanais, était un agent du Hezbollah qui avait pour mission d'introduire des armes dans la bande de Gaza.
Selon un de ses avocats, Mansour a avoué lors de son interrogatoire qu'il avait abordé le sujet d'attaques contre des "cibles israéliennes" en Egypte pour se venger de l'assassinat d'un haut responsable du Hezbollah, mais que l'idée avait été rejetée par ses supérieurs.
"Je suis innocent de toutes les accusations concernant des attaques contre l'Egypte", a encore déclaré Mansour.
"Ma tâche était de faire parvenir de l'aide à nos frères à Gaza. Je suis dans la résistance, comme (l'ancien président français Charles) de Gaulle. Il est le héros de la France, non?", a-t-il ajouté.
Une lettre des accusés, dont l'AFP a obtenu une copie, affirme qu'ils ont tous été torturés par le biais de chocs électriques.
La torture dans les prisons et commissariats égyptiens est décrite comme systématique par des ONG locales et internationales, ce que démentent les autorités, qui n'évoquent que des incidents isolés.
Selon les forces de sécurité, les accusés ont ainsi subi des examens médicaux qui n'ont pas révélé de traces de violences.
Les avocats de la défense ont indiqué mercredi que l'accusation n'avait pas présenté les preuves qu'elle avait dit avoir en sa possession, comme des explosifs et des armes qui auraient été trouvés sur certains des accusés.
L'Egypte avait rejeté les accusations selon lesquelles ces arrestations constituaient des représailles à des déclarations du Hezbollah, qui avait vivement critiqué l'Egypte lors de l'offensive israélienne dans la bande de Gaza durant l'hiver dernier.
Le mouvement libanais avait accusé Le Caire de complicité avec Israël, suscitant l'indignation des autorités égyptiennes.
Ces arrestations avaient également crispé les relations entre l'Egypte, à majorité sunnite, et l'Iran, soutien du Hezbollah, Le Caire accusant Téhéran d'utiliser ce mouvement pour prendre pied en Egypte.
Le procès se poursuit jeudi.
(©AFP / 28 octobre 2009 17h55)