Manque de greffons pour la transplantation rénale
PARIS - La transplantation rénale, de loin la plus fréquente de toutes les greffes d'organes, est placée sous le signe de la pénurie avec un risque de voir se développer un "tourisme de transplantation", a souligné vendredi l'urologue Benoît Barrou.
Au 1er janvier 2008, près de 10.000 personnes étaient sur une liste d'attente pour une greffe du rein - qui représente 64% du total des greffes d'organes.
A peine 3.000 greffes ont pu être réalisées au cours de l'année, a indiqué le Pr Barrou devant la presse, à la veille du 103e Congrès de l'association française d'urologie (AFU), organisation qui rassemble 90% des urologues français.
Avec "3,5 patients candidats pour un rein", un nombre croissant de patients vont voir ailleurs, par exemple au Pakistan ou en Russie, a noté le Pr Barrou. Avec selon lui "de mauvaises conditions de transplantation" dans un système "quasi mafieux" où il y a "exploitation scandaleuse des donneurs".
Les prélèvements sur donneurs décédés en état de mort encéphalique, très rares, ont connu une tendance à la baisse en 2008. L'âge moyen du donneur a monté de dix ans en l'espace de dix années, alors que la survie du greffon est plus basse quand l'âge augmente.
Le prélèvement sur donneur vivant, qui ne peut être qu'un membre de la famille proche, selon la loi française, représente 7% des greffes alors qu'il était de 10% en 2004. Il est vrai, note le Pr Barrou, que ce type de démarche - qui fait intervenir un comité d'experts pour évaluer la détermination du donneur - demande "cinq fois plus de travail" et que "les équipes manquent de bras".
Il relève aussi que dans certains pays où le "don émotionnel" - celui d'un ami - est autorisé, les greffes du vivant représentent 40% du total des greffes. Avec cependant un risque de commercialisation des organes.
Enfin le prélèvement sur donneur décédé après arrêt cardiaque - "une fois que les réanimateurs ont dit que le patient était décédé", a insisté le Pr Barrou - est possible depuis 2006. Ce type de prélèvement offre une meilleure survie pour les donneurs. A ce jour, une centaine de greffes a pu être réalisée dans 9 centres pilotes.
"Il y a un potentiel d'augmentation du nombre de ces greffes de 30%", estime le Pr Barrou.
Le congrès de l'AFU rassemblera (18-21 novembre) au Palais des congrès de Paris quelque 3.000 participants, dont 2000 urologues de différents pays.
(©AFP / 06 novembre 2009 17h06)