L'Afghanistan irrité par les critiques du chef de l'ONU dans le pays
KABOUL - Le gouvernement afghan a réagi avec irritation samedi aux critiques contre le président Hamid Karzaï par le chef de l'ONU dans le pays, estimant que ce dernier avait dépassé les limites des "normes internationalement acceptables".
Le représentant spécial de l'ONU en Afghanistan Kai Eide avait prévenu M. Karzaï cette semaine qu'il pourrait perdre le soutien international si son nouveau gouvernement ne s'attaquait pas à l'endémique corruption institutionnelle.
Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères afghan a estimé que M. Eide "a fait des déclarations qui malheureusement ont dépassé les normes internationalement acceptables", ajoutant qu'il avait dépassé son rôle "en tant qu'autorité internationale impartiale".
"Combattre la corruption et renforcer l'Etat de droit sont des conditions préalables à la création d'un Afghanistan pacifique et stable", assure le ministère.
"Ces derniers jours, certains cercles politiques et diplomatiques et des agences de propagande de certains pays étrangers sont intervenus dans les affaires internes d'Afghanistan en émettant des instructions sur la composition du (futur) gouvernement afghan et sa politique", indique le ministère.
"Ces instructions violent le respect de la souveraineté nationale de l'Afghanistan", a-t-il ajouté.
Lors d'une conférence de presse jeudi, Kai Eide avait appelé à "une lutte vigoureuse contre la corruption, des efforts pour améliorer le système judiciaire, mettre fin à la culture d'impunité" et améliorer la capacité du gouvernement afghan à fournir des services de base à sa population.
Et vendredi, le Premier ministre britannique Gordon Brown avait déclaré que le gouvernement Karzaï était devenu un "synonyme de corruption". "Les hommes de main et les chefs de guerre ne devraient pas avoir de place dans l'avenir d'un Afghanistan démocratique", avait-il estimé.
L'ONG Transparency International a classé l'Afghanistan au rang de cinquième pays le plus corrompu de la planète, et les observateurs considèrent que ce fléau touche le gouvernement Karzaï à grande échelle, laissant ainsi le pays englué dans la pauvreté.
Les leaders des pays occidentaux, dont plus de 100.000 soldats sont stationnés dans le pays pour combattre l'insurrection des talibans, ont pressé M. Karzaï de mettre à l'écart les chefs de guerre et les trafiquants de drogue qui ont participé à son gouvernement dans le passé et de s'attaquer à la corruption s'il voulait continuer à bénéficier de leur soutien.
Après avoir été déclaré lundi vainqueur de l'élection présidentielle, M. Karzaï avait promis mardi de lancer une grande campagne de lutte contre la corruption.
Les fraudes massives qui ont entaché l'élection présidentielle du 20 août ont mis en lumière la corruption à grande échelle dans l'Etat afghan, et sont l'élément déclencheur qui a entraîné une énorme pression internationale sur M. Karzaï pour s'attaquer à ce fléau.
(©AFP / 07 novembre 2009 09h36)