La scène nationale de La Criée toujours dans l'incertitude sur sa saison
MARSEILLE - A dix jours de la reprise programmée de sa saison, la scène nationale de La Criée à Marseille n'est toujours pas assurée de rouvrir ses portes au public à cause de la présence d'amiante dans ses murs, alors que deux salariés, malades, ont décidé de porter plainte.
Les résultats des dernières analyses sur la seconde scène dont dispose le théâtre - la première, plus grande, étant fermée depuis l'an dernier pour désamiantage - étaient attendus cette semaine. Mais ils n'ont toujours pas été communiqués par le laboratoire, selon une porte-parole du théâtre et des salariés chez qui inquiétude et impatience se mêlent.
"Nous avons un collègue avec un cancer et deux autres malades, cela fait monter la pression", explique Jean-Claude Leita, ingénieur du son et délégué CGT du personnel. "Mais nous aimerions aussi que ça avance et que nous puissions enfin faire du théâtre", ajoute-t-il, craignant une nouvelle saison amputée synonyme de finances compromises.
En 2008-2009, après la révélation de la présence d'amiante dans les gaines au-dessus de la grande scène, La Criée, situé sur le Vieux-Port, avait dû demander asile aux autres théâtres de la ville et diviser par deux sa programmation. "Nous avons joué 11 spectacles contre 26 en temps normal", explique Florence Lhermitte. Résultat moins de recettes et des dépenses en plus pour monter les décors et installations.
Pour faire face, son directeur, Jean-Pierre Benoît, a dû réclamer une rallonge budgétaire à ses deux bailleurs de fonds, la Direction régionale de l'action culturelle, qui finance le théâtre à 80%, et la mairie de Marseille.
Le théâtre a déjà été contraint de repousser le lancement de sa saison 2009-2010 à novembre et d'annuler deux spectacles, en raison du retard pris par les travaux. Et le sort de "La Nuit des Rois" de William Shakespeare, programmée du 17 au 29 novembre est désormais suspendu au résultat des dernières analyses en cours.
A la mairie de Marseille, propriétaire des murs et qui finance les travaux de désamiantage, on assure qu'il n'est pas question de lésiner avec la santé de la trentaine de salariés de La Criée ni avec celle du public. "A la moindre trace d'amiante, on ne rouvrira pas", affirme l'adjoint chargé de la Culture, Daniel Hermann.
"Je suis assez inquiet. S'il y en a partout, il faudra revoir tout le bâtiment ce qui risque de prendre du temps", poursuit-il, engageant M. Benoît "à chercher des lieux pour l'accueillir".
Selon Mme Lhermitte, La Criée dispose "d'un lieu de repli", au théâtre NoNo, dans le sud de la ville. Mais ce dernier a déjà programmé un spectacle du 12 au 14 novembre ce qui lui laisse peu de temps pour prendre possession des lieux.
"Il faudrait une petite semaine pour tout installer", estime Didier Bourgeat, 48 ans, l'un des deux salariés qui a porté plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui.
Employé du théâtre depuis son ouverture en 1981, d'abord en tant qu'électricien puis comme chef machiniste, il est porteur de la maladie de l'amiante comme son épouse qui travaille à l'accueil. Son collègue et co-plaignant Tony Moulon a développé un cancer du poumon.
"Ce n'est pas une action contre la mairie ou notre employeur mais pour dénoncer les faits. On ne peut rester sans rien dire", ajoute le technicien, qui regrette que La Criée, "un phare pour Marseille, reste fermée".
Et de juger: "C'est une catastrophe pour la culture dans cette ville", qui sera capitale européenne de la culture 2013.
(©AFP / 07 novembre 2009 09h47)