A l'heure du Grenelle, peut-on rendre diesel des trains électriques?
PARIS - Alors que le Grenelle de l'environnement a rendu ses lettres de noblesse au transport ferroviaire, faisant l'apologie de la traction électrique, certaines lignes secondaires font figure de contre-exemple fâcheux: on les "désélectrifie", pour y faire circuler des trains diesel, plus polluants.
Depuis la fin 2008, deux voies ferrées électrifiées, toutes les deux situées dans les Pyrénées-Atlantiques, ne voient plus passer que des autorails diesel: entre Bayonne et Saint-Jean-Pied-de-Port (52 km) et de Pau à Oloron (35 km).
Et voilà que l'on va démonter toutes les installations électriques, au premier semestre 2010. Au grand dam des écologistes locaux et de certains élus, qui y voient un déclassement et craignent un abandon définitif de ces lignes secondaires.
"Il s'agit d'enlever des installations obsolètes", note Serge Michel, directeur de la rénovation des voies chez Réseau ferré de France (RFF), le gestionnaire des infrastructures ferroviaires nationales. Cela reviendrait bien trop cher de tout refaire, compte tenu de la faiblesse du trafic, explique-t-il.
"Vous n'imaginez pas ma colère!", tonne le sénateur socialiste Jean-Louis Carrère, vice-président chargé des transports à la région Aquitaine.
"On doit investir sans arrêt (alors que ce n'est pas de notre compétence) car RFF est incapable d'entretenir le réseau, et, sans nous prévenir, ils démontent les supports de caténaires!", a-t-il indiqué à l'AFP, précisant avoir apris la prochaine désélectrification par des syndicalistes.
"On n'a plus affaire à des gestionnaires de voies ferrées, mais à des financiers!", a-t-il regretté.
"Pour moi, en tant qu'exploitant, cela coûte plus cher, car toute cette zone est électrifiée. Il faut maintenant que j'utilise du matériel diesel isolé, qui de plus est moins confortable", note Philippe Laurin, le directeur régional SNCF.
Les sort de ces petites lignes du piémont pyrénéen n'est pas très surprenant. Un audit du réseau ferré français réalisé en 2005 par l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) préconise que "les lignes peu chargées dont les installations arrivent en fin de vie (soient) progressivement désélectrifiées, la traction électrique ne se justifiant, en terme économique, qu'à partir d'un certain niveau de trafic".
Cette position n'est pas très "grenellement correcte", le Grenelle de l'environnement prônant plutôt le tout électrique.
"On n'a pas de politique d'électrification ou de désélectrification systématique, c'est au cas par cas", explique-t-on chez RFF. "Et quand on peut électrifier, on est content!" D'ailleurs, les caténaires ont beaucoup progressé ces derniers temps ailleurs en France.
Sur les 29.973 km du réseau français, 15.164 km sont aujourd'hui électrifiés selon RFF, cette grosse moitié représentant 80% du trafic fret et 90% du trafic voyageurs.
"Si les coûts d'entretien et de remise à niveau sont supérieurs aux coûts généralisés (l'investissement lui-même, les coûts de la pollution, de l'effet de serre, etc.), on peut se reposer la question de l'électrification", constate Alain Morcheoine, à l'Ademe.
"Or, pour les caténaires, le coût symbolique de les enlever ou pas est très important", poursuit-il. "Et à partir du moment où on est dans le symbolique, on voit aussi arriver le politique!"
Déjà, ce sont les politiques qui ont sauvé l'an dernier les caténaires de la longue ligne des Causses, entre Neussargues (Cantal), Millau (Aveyron) et Béziers (Hérault)... Mais l'existence même de cette voie peu fréquentée est menacée, tant elle est vétuste.
(©AFP / 08 novembre 2009 08h21)