Climat: lueur d'espoir sur l'engagement américain à Copenhague
PARIS - A trois semaines du "rendez-vous de la planète" sur le climat à Copenhague, une lueur d'espoir a surgi sur la possibilité d'un engagement américain concret et chiffré, dont la portée reste toutefois incertaine.
Dans une déclaration commune publiée mardi à Pékin, les présidents américain Barack Obama et chinois Hu Jintao, à la tête des deux pays les plus pollueurs de la planète, affirment qu'un accord dans la capitale danoise devra comprendre des "objectifs de réduction d'émission" de gaz à effets de serre de la part des pays développés.
Pour Emmanuel Guérin, de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), cette rencontre aura servi à dire: "Copenhague, ce n'est pas uniquement un accord cadre où on se met d'accord sur les règles, c'est aussi un endroit où on annonce des chiffres".
A l'issue d'un entretien avec son homologue chinois, M. Obama a souligné que leur objectif commun pour Copenhague, qui vise à donner une suite à la première phase du protocole de Kyoto après 2012, n'était "pas un accord partiel (...) mais plutôt un accord qui couvre toutes les questions dans les négociations".
"Le président a reconnu le besoin d'apporter des propositions concrètes à Copenhague", se félicite Alden Meyer, qui dirige l'ONG américaine Union of concerned scientists, qui souligne cependant que l'administration américaine sera contrainte d'annoncer un chiffre conditionnel, suspendu au vote de la loi sur le climat par le Congrès.
La déclaration américaine est "rassurante" et constitue "un signe positif" mais "cela ne suffit pas", estime de son côté Paul Watkinson, chef de l'équipe de négociation française, jugeant qu'il faut "maintenir la pression".
L'objectif d'une réduction pour les pays industrialisés de 25% à 40% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020 apparaît à ce jour toujours hors d'atteinte. Mises bout-à-bout, les propositions actuelles se situent dans une fourchette de 16% à 23%.
Et les divergences sur le degré d'ambition du rendez-vous pour la période post 2013 restent vives.
"Il ne faut pas permettre à Obama et Hu Jintao de célébrer un accord qui prenne pour base les seules réalités économiques de leurs deux pays", a lâché samedi le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva après la présentation d'un texte commun avec la France.
Pour le ministre français de l'Ecologie Jean-Louis Borloo, qui participait mardi à Copenhague à une réunion climat ministérielle à huis clos, "on peut comprendre qu'ils (les Américains) ont besoin de flexibilité (...) mais il va falloir que la première puissance du monde, celle qui a le plus de pollution par habitant, s'engage beaucoup plus".
La déclaration issue de la conférence de Copenhague (7 au 18 décembre) comportera-t-elle, en toutes lettres, l'engagement d'une division par deux les émissions mondiales de CO2 d'ici 2050 par rapport à 1990 ?
Une telle réduction, jugée indispensable pour limiter le réchauffement de la planète à + 2 degrés, figurait initialement dans un projet de résolution des dirigeants du Forum de coopération Asie-Pacifique (Apec, réunissant les trois plus gros émetteurs, Chine, Etats-Unis et Indonésie), ce week-end à Singapour. Mais il a disparu dans la déclaration finale.
"Cela va être une bataille chaude à Copenhague", prédit Emmanuel Guérin.
(©AFP / 17 novembre 2009 18h02)