AfSud/sida: mort de "Dr Betterave", ex-ministre de la Santé controversée
JOHANNESBURG - L'ex-ministre sud-africaine de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, controversée en raison de sa politique sur le sida qui lui a valu le surnom de "Dr Betterave", est morte mercredi, saluée comme une héroïne de la lutte anti-apartheid par la classe politique.
Mme Tshabalala-Msimang est morte à 69 ans des suites de complications dues à une greffe du foie, a annoncé l'agence SAPA.
Proche de l'ancien président Thabo Mbeki, elle avait été en poste de 1999 jusqu'à son éviction en 2008. Surnommée "Dr Betterave" en raison de sa promotion d'une alimentation riche en légumes pour lutter contre le sida, elle avait notamment créé la polémique en prônant un cocktail à base d'ail, de citron et de betterave pour combattre la maladie.
Plus généralement, elle a été accusée par les ONG spécialisées d'entraver la lutte contre le sida et tenue pour responsable des retards pris dans la distribution de médicaments antirétroviraux (ARV) en Afrique du Sud, l'un des pays les plus affectés au monde par la pandémie.
En 2006, plus de 80 scientifiques avaient écrit à Thabo Mbeki pour lui demander son limogeage. L'envoyé spécial de l'ONU pour le sida en Afrique, Stephen Lewis, avait lui qualifié d'"obtuse, négligente et dilatoire" la politique de l'Afrique du Sud sur la pandémie durant son mandat.
Mais elle a toujours bénéficié du soutien de M. Mbeki, qui avait lui-même suscité un tollé en niant tout lien entre VIH et sida en 2000, puis en affirmant que "les antirétroviraux deviennent aussi dangereux pour la santé que la maladie qu'ils sont censés traiter".
Le sida touche 5,7 millions de Sud-Africains, dont 280.000 enfants, sur 48,7 millions d'habitants.
Selon une étude de l'université de Harvard en 2008, l'incapacité des autorités sud-africaines à fournir aux patients souffrant du virus VIH les médicaments adaptés a causé la mort de quelque 365.000 personnes entre 2000 et 2005.
Un programme de distribution gratuite d'ARV a finalement été lancé début 2004. Le président Jacob Zuma, entré en fonction en mai, a depuis affiché sa volonté politique de lutter contre le sida.
En dépit de la controverse autour de la ministre, la classe politique a salué une héroïne de la lutte contre l'apartheid (1948-1994).
Mme Tshabalala-Msimang avait rejoint jeune fille le Congrès national africain (ANC, aujourd'hui au pouvoir) avant de s'exiler au début des années 60 et de poursuivre ses études de médecine en URSS, en Tanzanie et en Belgique.
"Pendant des années, elle a conseillé les jeunes cadres et sa mort prive le parti d'un cadre vraiment engagé et loyal", dit dans un communiqué l'ANC, soulignant également son rôle auprès des populations pauvres.
"En tant que ministre de la Santé, elle a vraiment contribué au renforcement des programmes gouvernementaux visant à améliorer la santé des enfants et des mères", déclare le bureau du président Zuma dans un communiqué.
"La camarade Tshabalala Msimang était un leader révolutionnaire qui a énormément contribué lors des premières années à la formation d'un gouvernement d'union nationale et a mené la lutte des femmes pour l'émancipation, l'égalité entre les sexes et la liberté pour tous", a commenté la ministre des Affaires étrangères Maite Nkoana-Mashabane.
Mère de deux filles, Mme Tshabalala-Msimang souffrait d'alcoolisme. Elle avait été greffée du foie en 2007, et des voix s'étaient élevées pour dénoncer un traitement préférentiel.
(©AFP / 16 décembre 2009 19h22)