Des indiens assiègent le congrès équatorien contre une loi sur l'eau
QUITO - Des milliers d'indiens et de paysans ont assiégé mardi le congrès équatorien à Quito, empêchant les élus d'en sortir, pour protester contre un projet de loi qui privatiserait, selon eux, la gestion de l'eau, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Les indiens, dont une grande partie étaient armés de bâtons, se sont installés aux abords du bâtiment de l'Assemblée nationale, dans le centre de la capitale, alors que les députés devaient examiner en seconde lecture cette loi.
Massés face aux portes du bâtiment ils empêchaient encore les élus d'en sortir dans la soirée tandis qu'une délégation représentant la Confédération nationale des indigènes équatoriens (Conaie) et l'Ecuarunari (indiens de la cordillère des Andes) s'entretenait avec des élus.
"Nous sommes ici en tant que gardiens de l'eau car elle représente la vie et elle n'est pas redistribuée comme il se doit. La loi ne garantit pas qu'il y aura une redistribution", a déclaré dans l'hémicicle Delfin Tenesaca, l'un des membres de la délégation, représentant l'Ecuarunari.
"Nous resterons le temps qu'il faudra pour que nos exigences soient prises en compte", a aussi assuré à l'AFP Freddy Paguay, un représentant du peuple waranka, aux abords du Congrès.
Des manifestations ont également été rapportées mardi dans la province andine d'Azuay (sud), où cinq dirigeants indigènes ont été arrêtés.
Les indiens réclament la création d'un "conseil interculturel et plurinational de l'eau" qui ne serait pas, comme le prévoit la loi, un organe consultatif mais une organisation ayant un pouvoir de décision.
Ils craignent en effet que cette ressource naturelle soit privatisée au profit des compagnies hydroélectriques et de l'exploitation minière, selon Cecilia Chérrez membre de l'ONG Action écologique, qui soutient leurs revendications.
"Cela fait plusieurs années que l'eau est privatisée et cette loi prétend pérenniser cette situation", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Le camp du gouvernement pour sa part assure que la législation envisagée a au contraire pour but de soustraire la gestion de l'eau aux intérêts privés.
La Conaie, qui dit représenter 35% de la population équatorienne (14,2 millions d'habitants) avait appelé en février au soulèvement des peuples indiens contre ce projet et contre l'exploitation minière à ciel ouvert sur leurs territoires.
La communauté indigène, qui marque depuis des mois ses réserves face au gouvernement socialiste de Rafael Correa, a déjà provoqué la chute de deux chefs d'Etat en Equateur, Abdala Bucaram, en février 1997, et Jamil Mahuad, en janvier 2000.
(©AFP / 05 mai 2010 03h39)