Blocages de routes en Equateur par des indiens opposés à une loi sur l'eau
GUACHALA (Equateur) - Des indigènes et des paysans ont bloqué partiellement lundi plusieurs routes reliant Quito au nord du pays et au sud pour protester contre un projet de loi qui aboutirait selon eux à la privatisation de la gestion de l'eau, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Environ 500 indiens ont ainsi bloqué le trafic routier dans la province de Pichincha, où se trouve la capitale, au niveau de la localité de Guachala (60 km au nord de Quito), en plaçant notamment des troncs d'arbre en travers de la route, la "Panaméricaine", auxquels ils ont mis feu.
Dans la province d'Imbabura, au nord de Quito, la route reliant l'Equateur à la Colombie a également été bloquée, de même que dans la province de Cotopaxi (sud).
"Ici le peuple exige de manière pacifique que ses droits relatifs à l'eau soient respectés. La voie restera paralysée", a annoncé à l'AFP un des représentants des indigènes, Francisco Tipanluisa, en estimant que "tous" devaient participer à l'élaboration de ce projet de loi.
Le texte, qui est examiné en seconde lecture depuis une semaine, est accusé par les représentants des indigènes de "privatiser" la gestion de l'eau, notamment au profit des entreprises minières.
"L'eau n'est pas à vendre. Il faut la défendre", criaient des manifestants à Salcedo (province de Cotopaxi), où ils ont brûlé des pneus.
"Les organisations indigènes veulent renverser Rafael Correa, car elles ne sont pas d'accord avec lui du fait qu'il ne leur a pas donné tout ce qu'elles souhaitaient", a accusé pour sa part, le vice-ministre des peuples (en charge de la communauté indigène, ndlr), Orlando Pérez.
Le ministre a notamment accusé l'opposition de droite au gouvernement du socialiste Rafael Correa d'instrumentaliser le mouvement.
Marlon Santi, dirigeant de la principale organisation indienne, la Conaie (Confédération des nationalités indigènes d'Equateur), a pour sa part démenti toute intention de destabilisation du gouvernement.
"Nous demandons au chef de l'Etat et aux ministres (...) qu'ils prennent en compte nos propositions de manière démocratique", a-t-il déclaré à l'AFP.
Les indiens, qui représenteraient selon leurs dirigeants 35% de la population équatorienne (14,2 millions de personnes), craignent notamment d'avoir à payer l'eau jusque-là gratuite et indispensable à l'irrigation de leurs territoires.
La communauté indigène, qui exprime depuis des mois ses réserves face au gouvernement du président Rafael Correa, a déjà provoqué la chute de deux de ses prédécesseurs, Abdala Bucaram en 1997 et Jamil Mahuad en 2000.
(©AFP / 11 mai 2010 00h23)