Climat: les maires européens prônent une "diplomatie des villes"
DUNKERQUE (Nord) - Les grandes municipalités européennes, au coeur des politiques de développement durable, ont réclamé vendredi de jouer un rôle accru dans les négociations sur le climat et de bénéficier de moyens financiers de l'Union européenne.
Réunies trois jours à Dunkerque (Nord) à l'occasion de la 6ème conférence des villes durables, elles ont adopté deux résolutions, l'une à l'adresse des gouvernements nationaux et de la commission européenne, l'autre constituant une feuille de route pour le sommet des maires du 21 novembre à Mexico.
"Dans la première résolution, nous disons qu'il faut travailler avec nous", a souligné Guido Van Begin, un des organisateurs de la conférence.
"Nous demandons donc clairement à être inclus dans les négociations sur le développement durable". Après quoi, "nous pourrons prendre des engagements" et "exprimer nos besoins en matière de développement durable", a-t-il dit.
Pour le maire de Dunkerque, Michel Delebarre (PS), "ces initiatives de coopération décentralisée sont des actes de diplomatie réelle" tandis que André Rossinot, maire (UMP) de Nancy, a estimé que la réunion de Dunkerque "ouvr(ait) des perspectives vers une culture nouvelle, la diplomatie des villes".
Cette conférence constitue "la suite logique de Copenhague où, pour la première fois, le niveau territorial a été reconnu pour traiter les problèmes de développement durable", a précisé M. Delebarre.
"Au sortir de Dunkerque, il faudra voir si notre démarche sera conforme avec deux conférences parallèles organisées l'une aux Etats-Unis pour l'Amérique du Nord, l'autre en Corée du Sud pour l'Asie. Comme à Dunkerque, les participants à ces conférences rédigeront une déclaration. Les trois déclarations seront synthétisées pour être présentées à Mexico.
"Je pense que nos démarches seront comparables. A travers les villes, ce sera un moyen d'effacer les divergences entre Etats qui ont mené à l'échec de Copenhague", a-t-il poursuivi.
Les maires ont réclamé par ailleurs à l'UE de nouveaux moyens financiers pour les aider à mettre en oeuvre leurs projets de développement durable.
"Avec le comité des Régions à Bruxelles, nous allons demander un fléchage prioritaire pour affecter en priorité un certain nombre de crédits vers le développement durable", a déclaré M. Delebarre, précisant penser aux fonds structurels non utilisés.
Ronan Dantec, adjoint (Verts) au maire de Nantes, a proposé que la moitié des pénalités qui allaient être imposées dans l'UE sur l'émission de CO2 soient consacrées au développement durable.
Le commissaire européen pour l'environnement Johannes Hahn a promis une enveloppe financière dédiée à la politique urbaine (transports, énergie, culture, parcs d'activités économiques). "L'objectif de la commission est d'offrir un programme intégré aux villes, dans le cadre de la politique régionale", a-t-il assuré.
Plus de 1.700 personnes venues d'Europe mais également des observateurs d'autres pays, ont assisté à la conférence de Dunkerque. Le président des maires du Sénégal, Ousmane Drame, a souligné l'importance de la coopération décentralisée, entre villes, pour atteindre ensemble les mêmes objectifs de développement durable.
Le ministre français du développement durable, Jean-Louis Borloo, annoncé, s'est décommandé. "C'est une faute politique, il avait l'occasion de s'adresser à des acteurs majeurs du développement durable, sur lesquels il doit s'appuyer pour mettre en oeuvre le Grenelle de l'environnement", a jugé M. Delebarre.
(©AFP / 21 mai 2010 16h25)