Dopage - Olivier Rabin de l'AMA: "Essayer d'anticiper les tendances"
LAUSANNE (Suisse) - Olivier Rabin, directeur scientifique de l'Agence mondiale antidopage (AMA), souligne que l'accord conclu mardi avec la Fédération internationale de l'industrie du médicament, doit contribuer à "anticiper les tendances du dopage dans le sport".
Q: Jacques de Ceaurriz, qui fut directeur du laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry, estimait que les instances antidopage seraient "toujours en retard d'une innovation technologique". Pensez-vous que cet accord contribue à y remédier ?
R: "J'aurais aimé en parler avec lui (il est décédé en janvier NDLR), j'en ai parlé à de nombreuses reprises avec lui. Son laboratoire était impliqué dans la détection du Cera (EPO de 3e génération) et de nouvelles substances. On ne peut pas faire l'économie d'amener la lutte contre le dopage en amont de ce qu'elle fut pendant des décennies. Un des rôles qui a été donnés à l'Agence est d'essayer d'anticiper ces tendances de dopage dans le sport. Connaissant très bien l'industrie pharmaceutique pour y avoir travaillé moi-même, je sais très bien qu'on voit les molécules en développement suffisamment longtemps avant qu'elles soient disponibles sur le marché. Si on peut les identifier en amont, je pense qu'on aura répondu à une des grandes craintes de Jacques."
Q: Comment les sportifs arrivent à connaître l'existence de médicaments intéressants d'un point de vue de dopage avant leur mise sur leur marché ?
R: "Il y a plusieurs situations. La plupart des sociétés sont publiques, et fournissent des informations sur leurs produits en développement. Là où il faut avoir une vue réaliste de ce qu'est le dopage dans le sport, c'est qu'un certain nombre d'athlètes sont aidés par des médecins ou des scientifiques qui ont accès eux aux informations par internet ou des revues scientifiques. Une autre chose est l'accès aux molécules. Plus une société pharmaceutique avance dans le développement clinique de sa molécule, plus il y a de patients recrutés pour des effets de statistiques. Plus vous multipliez les centres, moins vous avez de contrôles sur votre substance. L'entourage de certains athlètes cherchent à obtenir les molécules dans des centres d'essais cliniques: soit elles sont volées dans des hôpitaux, soit elles sont détournées par des gens qui travaillent dans ces centres. On sait que cela existe, des athlètes nous l'ont dit."
Q: Comment la collaboration de l'industrie peut vous faciliter la mise au point de méthodes de détection ?
R: "Plusieurs informations venant de l'industrie peuvent être extrêmement utiles pour nous. Tout d'abord la structure de la molécule. Il y a le métabolisme des substances, c'est-à-dire ce qu'elles deviennent une fois adminitrées chez l'humain. On sait que les molécules restent rarement intactes. Mais aussi s'il y a des réactifs qui sont utilisés... Dans le cas du Cera, on a eu besoin des anticorps spécifiques qui ont été utilisés par (le groupe suisse) Roche lors des essais cliniques. Grâce à cela, on a pu formater un test de détection dans les régles qui s'imposent à la lutte antidopage."
Propos recueillis par Stéphanie PERTUISET
(©AFP / 06 juillet 2010 18h16)