Crise financière/Coût: le FMI, cette fois, a raison (Stiglitz)
Washington (AWP/AFX) - Le prix Nobel d'Economie Joseph Stiglitz, un critique de longue date du Fonds monétaire international, a estimé jeudi que, "cette fois", l'institution avait raison dans son chiffrage de la crise financière, décrié par nombre d'analystes comme étant trop pessimiste.
"J'ai été un grand critique du FMI mais je pense que, cette fois, ils ont raison", a déclaré M. Stiglitz, interrogé sur la chaîne financière CNBC.
Dans son rapport semestriel, publié mardi, le service du FMI chargé de la surveillance des marchés a chiffré à 945 milliards de dollars le coût potentiel de la crise pour le système financier international, dont 565 milliards directement liés au secteur des prêts hypothécaires à risque.
Pour M. Stiglitz, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, la crise financière actuelle est la plus sévère depuis celle de 1929.
L'économiste a estimé que les problèmes du "subprime" ne faisaient que commencer. Quelque 2,2 millions d'emprunteurs devraient perdre leur logement l'an prochain aux Etats-Unis, et les prix de l'immobilier, qui ont déjà baissé de 10%, pourraient encore perdre 10% à 20% avant de se stabiliser, a-t-il dit.
M. Stiglitz a aussi donné raison au FMI, lorsqu'il pronostique que la croissance américaine ne devrait pas dépasser 0,6% l'an prochain, alors que la banque centrale la voit se hisser au niveau de son potentiel.
L'économiste a proposé de muscler le plan de relance gouvernemental, notamment en dépensant plus pour l'indemnisation du chômage, comme le réclame l'opposition démocrate au président George W. Bush. Les mesures de relance actuelles "ne sont qu'une goutte dans un sceau d'eau", selon lui.
M. Stiglitz a refusé de noter l'action du président de la Réserve fédérale Ben Bernanke, qui "connaît des difficultés", mais qui a "hérité d'un problème très difficile". M. Stiglitz a critiqué l'absence de transparence qui a entouré le sauvetage de la banque d'affaires Bear Stearns - pilotée par la Fed - même s'il ne conteste pas le bien-fondé de l'opération.
"Je passe beaucoup de temps dans les pays en développement. Nous les critiquons pour leur manque de transparence. Je ne sais pas comment nous pouvons faire cela" (la reprise de Bear Stearns).
afx/rp
(AWP/10 avril 2008 15h25)