DEVISES/FOCUS/Après trois ans d'appréciation, le yuan hésite face au dollar
Pékin (AWP International) - Après trois ans d'appréciation continue, la monnaie chinoise ne se renforce plus depuis juillet face au dollar, Pékin privilégiant la stabilité du taux de change en ces temps de crise, quitte à s'attirer les foudres de Washington.
Un brusque accès de faiblesse du yuan face au dollar cette semaine a relancé les spéculations sur un éventuel changement de politique des autorités chinoises, alors même que s'ouvre jeudi à Pékin le dialogue économique stratégique sino-américain consacré aux différends bilatéraux, parmi lesquels, en bonne place, la valeur de la monnaie chinoise.
Lundi et mardi, la Banque centrale a fixé un cours pivot en baisse (6,8605 puis 6,8527 contre le dollar) tandis que le yuan tombait dans les échanges au maximum de sa limite quotidienne autorisée.
Mercredi, le cours pivot est toutefois remonté à 6,8502, "introduisant de légers doutes" sur la réalité de la dépréciation du yuan, selon Patrick Bennett de Société Générale Corporate and Investment Banking.
Pour l'analyste, le glissement du yuan est certes "intervenu à un moment intéressant, juste avant le dialogue économique stratégique (DES), alors qu'un porte-parole américain vient de dire que la question de la réforme du taux de change est aussi importante que jamais".
"Mais nous pensons aussi que le marché est allé trop vite en y voyant un changement de politique de la Banque centrale", ajoute-t-il.
Pour des experts, la Chine a voulu signifier aux Etats-Unis de ne pas exercer trop de pressions pour une accélération de l'appréciation, alors que la crise financière appelle à davantage de stabilité.
Les deux partenaires devraient consacrer à cette crise mondiale une large part de leurs entretiens dans le cadre du DES, un mécanisme lancé il y a deux ans pour régler les différents bilatéraux, comme la sous-évaluation du yuan, qui selon les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, avantage les exportations chinoises.
"Pousser pour une appréciation aujourd'hui serait un geste perdant-perdant à la fois pour la Chine et les Etats-Unis", soulignait l'universitaire chinois Zhou Shijian, cité mercredi par le China Daily.
Certains prônent même une dévaluation: "la Chine doit dévaluer de façon urgente parce que les exportations souffrent et la manufacture est en mauvaise posture", estime ainsi Ma Qing, de CEB Monitor.
Car, suivant le dollar, qui s'est significativement renforcé ces derniers mois face à d'autres grandes monnaies, le yuan s'est de facto apprécié, notamment face à l'euro, alors que l'UE est son premier client.
Depuis le 1er août, "le yuan s'est apprécié d'environ 10% contre le panier de devises", entrant dans le calcul de son taux de change, "même s'il a à peine bougé face au dollar", relève Tao Wang, économiste de UBS, dans une note.
"Depuis quatre mois, l'appréciation du taux de change effectif est aussi importante que sur les quatre années précédentes quand le yuan s'appréciait de façon continue contre un dollar faiblissant", ajoute-t-il.
Face au billet vert, le yuan s'est apprécié de quelque 20% depuis sa réévaluation de juillet 2005.
Bon nombre d'experts estiment qu'une dévaluation ne serait pas opportune, soulignant notamment que le ralentissement des exportations n'était pas lié à un manque de compétitivité, mais à une absence de demande des économies occidentales en crise.
Ces économistes mettent en garde contre "le risque de déclencher de larges sorties de capitaux" en cas de dévaluation, ou de contaminer les monnaies régionales, facteur de déstabilisation.
Par ailleurs, "les autorités chinoises ne veulent peut-être pas éveiller l'hostilité des dirigeants américains" en dévaluant, à l'heure où "les démocrates --qui ont tendance à se montrer plus durs sur ces question vis-à-vis de la Chine-- vont contrôler Maison Blanche et Congrès", soulignait récemment Qing Wang, de Morgan Stanley.
sm
(AWP/03 décembre 2008 10h25)