Washington sanctionne le chef de la police de Kinshasa

Washington - Les États-Unis ont annoncé jeudi des sanctions financières contre le chef de la police de Kinshasa que Washington tient pour responsable de violences et de disparitions dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

Le général Célestin Kanyama est responsable ou complice d'actes de violences et d'enlèvements (...) ciblant des civils, des femmes et des enfants, écrit le Trésor américain dans un communiqué justifiant ces mesures.

Aux termes de ces sanctions, ses éventuels avoirs sont gelés aux États-Unis et il est interdit à toute entité américaine de faire des transactions avec lui.

Alors que la limite constitutionnelle du mandat du président [congolais Joseph] Kabila touche à sa fin en décembre, le régime s'est engagé dans une vague de répression, comprenant l'arrestation de membres de l'opposition et la répression violente de manifestations politiques, afin d'éviter la tenue d'élections nationales programmées, affirme le Trésor américain.

L'initiative du Trésor envoie le message clair de la condamnation par les États-Unis des actions violentes et répressives du régime, en particulier celles de Célestin Kanyama, qui menacent l'avenir de la démocratie pour le peuple de la RDC, ajoute le communiqué.

La RDC condamne la mesure prise aujourd'hui par le gouvernement américain, ont réagi les autorités congolaises dans un communiqué diffusé en anglais.

C'est une atteinte à notre souveraineté qui contribuera à saper les relations entre nos deux pays. Cela contribuera également à ragaillardir ceux qui cherchent à diviser notre nation et à entraver notre processus démocratique, déclare dans ce texte Barnabé Kibaya Bin Karubi, conseiller diplomatique du président Kabila.

En dépit de la décision américaine, nous nous efforçons de continuer à dialoguer et à travailler avec nos partenaires étrangers, ajoute M. Kibaya, et nos efforts particuliers en vue de l'organisation d'élections bénéficieront du soutien de ceux qu'intéressent un processus électoral libre, juste et transparent.

Le général Kanyama a pris la tête de la police de Kinshasa en décembre 2013.

En janvier 2015, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées à Kinshasa lors d'émeutes hostiles au pouvoir de M. Kabila et de leur répression.

Entre fin 2013 et début 2014, au cours d'une opération de police baptisée Likofi (Coup de poing en lingala) destinée à lutter contre le banditisme, au moins une cinquantaine de jeunes hommes et d'adolescents ont été tués et une trentaine ont disparu, affirme le communiqué du Trésor américain en reprenant le bilan de l'ONG de défense des droits de l'Homme américaine Human Rights Watch.

Les autorités congolaises ont récemment défendu le professionnalisme dont ont fait part selon elle les policiers affectés à cette opération.

M. Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter. En mai, alors que l'opposition l'accuse depuis des mois de chercher à se maintenir au pouvoir illégalement, la Cour constitutionnelle l'a autorisé à rester en fonctions dans le cas où la présidentielle ne serait pas organisée dans les temps, ce qui paraît chaque jour un peu plus certain.

Pour permettre l'organisation d'élections apaisées, M. Kabila a annoncé son intention de convoquer une dialogue national, perçu par la majeure partie de l'opposition comme un piège.

(©AFP / 23 juin 2016 20h02)