Forte baisse du nombre de demandes d'asile en Allemagne: un répit pour Merkel

Berlin - Le nombre de nouveaux demandeurs d'asile en Allemagne a baissé des deux tiers en 2016 par rapport au record de 2015, apportant un répit temporaire à Angela Merkel à quelques mois des législatives.

Selon des chiffres publiés mercredi par le ministère de l'Intérieur, le pays a accueilli 280.000 nouveaux demandeurs d'asile en 2016, contre 890.000 l'année précédente, lorsque la chancelière avait ouvert en grand les portes de son pays aux migrants.

L'an dernier, les demandes émanant de personnes en provenance de Syrie ont constitué à elles seules 36 % des requêtes. Parmi les pays les plus représentés viennent ensuite l'Afghanistan (17%) et l'Irak (13%).

"C'est la preuve que les mesures prises par le gouvernement allemand et l'Union Européenne ont fonctionné (...) ces flux migratoires peuvent être régulés et contrôlés", a estimé le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière.

Toutefois, le chiffre de 280.000 demandeurs d'asile en un an reste historiquement élevé pour l'Allemagne, l'un des plus importants depuis la réunification du pays en 1990.

L'arrivée de plusieurs centaines de milliers de demandeurs d'asile depuis l'été 2015, fuyant entre autres la guerre civile en Syrie, a contribué à retourner une partie de l'opinion contre la chancelière, même si cette dernière reste au vu des sondages bien placée pour obtenir un quatrième mandat lors des élections appelées à se tenir fin septembre.

La question de l'intégration des réfugiés arrivés en Allemagne est omniprésente dans le débat politique. Et de récents attentats islamistes commis dans le pays par des demandeurs d'asile, comme celui du marché de Noël le 19 décembre, nourrissent dans l'opinion des craintes à l'égard de l'immigration.

La droite populiste de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) profite de ces inquiétudes et a enregistré l'an derniers plusieurs succès électoraux. Elle pourrait faire son entrée à la chambre des députes en septembre, ce qui serait une première pour un parti de ce type en Allemagne depuis 1945.

Le parti bavarois CSU, allié conservateur de Mme Merkel, exige lui l'instauration d'une limite annuelle de 200.000 demandeurs d'asile, ce que la chancelière a toujours refusé.

La baisse enregistrée en 2016 s'explique surtout par la fermeture de la "route des Balkans" et la signature d'un accord controversé entre l'UE et la Turquie en mars, dont Angela Merkel a été la cheville ouvrière.

Sur le plan intérieur, le gouvernement a durci les conditions d'octroi de l'asile, y compris pour les Syriens, reconnaissant plusieurs pays des Balkans comme sûrs, prévoyant de le faire pour ceux du Maghreb et facilitant les reconduites à la frontière.

"Le recul significatif du nombre de nouveaux demandeurs d'asile ne s'explique pas par une amélioration des conditions dans les pays d'origine mais par une politique stricte de fermeture" des frontières allemandes, a critiqué l'association Pro Asyl, de soutien aux réfugiés.

Angela Merkel reste assez isolée en Europe sur le dossier. Elle réclame davantage de solidarité de ses partenaires, après avoir été accusée d'avoir mis le reste du continent devant le fait accompli à l'automne 2015 en ouvrant les portes de son pays aux réfugiés.

"Nous avons besoin d'une responsabilité commune pour nos obligations humanitaires et elle fait grandement défaut actuellement dans l'Union européenne", a-t-elle regretté lundi.

"Lorsque certains pays refusent par principe d'accueillir des réfugiés, cela ne me donne pas l'impression d'une Europe qui fonctionne", a-t-elle ajouté, à l'attention des pays de l'Est en particulier.

(©AFP / 11 janvier 2017 17h48)
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