Les candidats aux législatives bulgares inquiets d'une "ingérence" turque

Sofia - Les dirigeants des deux partis politiques bulgares au coude-à-coude avant les législatives anticipées de dimanche ont mis en garde lundi contre toute "ingérence" de la Turquie dans la campagne électorale auprès de l'importante minorité turcophone du pays.

"Nous sommes catégoriquement opposés à l'ingérence d'un pays étranger dans nos affaires intérieures", a déclaré Kornelia Ninova, chef du parti socialiste bulgare (PSB) lors d'un entretien à l'AFP.

Elle a dénoncé comme une "ingérence ouverte" les consignes de vote de hauts responsables turcs à l'adresse de la minorité turque de Bulgarie.

Sofia reproche à Ankara de soutenir le nouveau parti de la minorité turque Dost ("ami" en turc). Cette minorité compte environ 700.000 personnes, sur une population totale de 7,4 millions en Bulgarie, et quelque 60.000 Turcs jouissant de la citoyenneté bulgare votent en Turquie.

"Cette ingérence est inacceptable", lui a fait écho Boïko Borissov, ancien Premier ministre et chef des conservateurs (Gerb) interrogé par l'AFP. Il appelle toutefois à "la diplomatie" avec la Turquie, voisine de la Bulgarie.

Nouvelle formation turcophone en Bulgarie, Dost, soutenue par Ankara, ambitionne de concurrencer le traditionnel parti de la minorité turque bulgare, le Mouvement pour les droits et libertés (MDL) à l'attitude réservée vis-à-vis du président turc Recep Tayyip Erdogan. Le MDL est la troisième formation du parlement sortant.

Les socialistes et les conservateurs sont donnés au coude-à-coude avant les élections de dimanche et pourraient avoir du mal à trouver une majorité. Les législatives font suite à la démission à mi-mandat de M. Borissov, en novembre, après un échec de sa candidate à la présidentielle face à un candidat soutenu par les socialistes, Roumen Radev.

La Bulgarie est traditionnellement l'un des pays les plus russophiles de l'Union européenne et le nouveau chef de l'Etat plaide pour un rééquilibrage des relations entre Sofia et Moscou, sans remettre en cause l'alignement du pays avec l'UE et l'OTAN.

Une victoire des socialistes conforterait ce rapprochement. La chef de file du PSB a réaffirmé à l'AFP son opposition aux sanctions de l'UE contre la Russie "qui ne produisent pas l'effet politique souhaité".

"La Bulgarie et l'UE doivent renouer un dialogue normal avec la Russie", a-t-elle ajouté. Elle s'est dit prête à voter contre le renouvellement des sanctions imposées par l'UE à la Russie en raison du conflit ukrainien, si son parti arrive au pouvoir.

L'Union européenne lie la levée des sanctions au respect des accords de paix de Minsk sur l'Ukraine.

"Les sanctions continueront tant que les accords de paix de Minsk ne seront pas respectés", a déclaré à l'AFP M. Borissov.

"En tant que membre de la famille européenne et membre loyal de l'OTAN, nous respecterons fermement nos engagements" à cet égard, a-t-il ajouté.


(©AFP / 20 mars 2017 19h52)
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