Norvège: plus d'actions, moins de ponctions pour le fonds souverain

Oslo - Face au tassement attendu de son rendement, la Norvège a proposé jeudi d'accroître sensiblement les investissements en actions de son fonds souverain, le plus gros au monde, et de réduire la possibilité de le ponctionner.

Le fonds de 7.509 milliards de couronnes (847 milliards d'euros) devrait porter de 60 à 70% la part des actions dans son portefeuille total et le rendement réel attendu devrait être abaissé à 3% contre 4% jusqu'alors, estime le gouvernement de droite.

La première proposition reviendrait à acheter pour plusieurs dizaines de milliards d'euros d'actions supplémentaires --près de 85 milliards à la valorisation actuelle-- et la seconde à limiter dans la pratique la marge de manoeuvre de l'exécutif, autorisé à puiser dans le fonds mais pas au-delà du rendement attendu.

"La toile de fond pour cet ajustement à la baisse, c'est la perspective de rendements moindres sur les marchés financiers internationaux", a déclaré la Première ministre Erna Solberg lors d'une conférence de presse à Oslo.

Créé dans les années 1990, le fonds de pension public est, malgré son nom, destiné à financer plus généralement les futures dépenses de l'État-providence en faisant fructifier les revenus pétroliers du pays. Ceux-ci sont en recul du fait de la baisse du cours des hydrocarbures depuis la mi-2014 et du repli de la production depuis le pic atteint en 2000.

Depuis 2001, le gouvernement peut, pour équilibrer son budget, ponctionner le fonds jusqu'à 4%, soit le rendement réel attendu. Entre 1998 et le troisième trimestre 2016, ce rendement a en fait été de 3,8%, un chiffre qui devrait diminuer à l'avenir.

La Banque de Norvège, chargée de gérer le fonds, et bon nombre d'économistes plaident donc depuis quelques années pour que le plafond des ponctions soit abaissé, sous peine de voir l'énorme bas de laine rétrécir.

"La décision d'abaisser la règle (...) de 4 à 3% est attendue de longue date, et d'autant plus correcte", a commenté Øystein Dørum, le chef-économiste de l'organisation patronale NHO, sur Twitter. "Cela signifie une marge de manoeuvre sensiblement plus petite à l'avenir".

Dans les faits, le gouvernement était déjà sous la barre des 3% ces dernières années, ce qui n'a pas empêché les critiques de pleuvoir, qualifiant le niveau de dépenses d'intenable.

À côté des 60% en actions, le fonds doit, dans son mandat actuel, être placé à hauteur de 35% en obligations et de 5% dans l'immobilier, l'intégralité de ces investissements devant avoir lieu hors de Norvège pour ne pas surchauffer l'économie nationale.

Les propositions annoncées jeudi seront détaillées dans des documents qui seront présentés le 31 mars au Parlement, où le gouvernement est minoritaire.


(©AFP / 16 février 2017 17h30)
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