Norvège: plus d'actions, moins de ponctions pour le fonds souverain

Oslo - Face au tassement attendu de son rendement, la Norvège a proposé jeudi d'augmenter sensiblement les investissements en actions de son fonds souverain, le plus gros au monde, et de réduire la possibilité de le ponctionner.

Le fonds de 7.509 milliards de couronnes (847 milliards d'euros) devrait porter de 60 à 70% la part des actions dans son portefeuille et le rendement réel attendu devrait être abaissé à 3% contre 4% jusqu'alors, a suggéré le gouvernement de droite.

La première proposition reviendrait à prendre un peu plus de risques et à acheter pour plusieurs dizaines de milliards d'euros d'actions supplémentaires (près de 85 milliards à la valorisation actuelle). Et la seconde à limiter dans la pratique la marge de manoeuvre de l'exécutif, autorisé pour équilibrer son budget à puiser dans le fonds dans les limites du rendement attendu.

"La toile de fond pour cet ajustement à la baisse, c'est la perspective de rendements moindres sur les marchés financiers internationaux", a déclaré la Première ministre, Erna Solberg, lors d'une conférence de presse à Oslo.

Créé dans les années 1990, le fonds de pension public est, malgré son nom, destiné à financer plus généralement les futures dépenses de l'État-providence en faisant fructifier les revenus pétroliers du pays.

Or, ceux-ci tendent à diminuer du fait de la baisse du cours des hydrocarbures qui s'ajoute au repli de la production depuis un pic atteint en 2000. Pour la première fois l'an dernier, Oslo a davantage puisé dans le fonds qu'il n'y placé.

Le rendement des placements devrait en outre être sensiblement inférieur à 4% à l'avenir, notamment à cause de la médiocre performance des obligations.

Bon nombre d'économistes plaident donc depuis quelques années pour que le plafond des ponctions soit abaissé, sous peine de voir l'énorme bas de laine rétrécir.

"L'utilisation des revenus pétroliers doit ralentir", a répété le gouverneur de la banque centrale, Øystein Olsen, jeudi.

Sans eux, a-t-il noté, la Norvège accuserait un déficit budgétaire équivalant à 8% de son PIB dit "continental" (hors hydrocarbures et transport maritime).

"Ce ne serait pas raisonnable d'accroître les ponctions dans la manne pétrolière par rapport au niveau d'aujourd'hui même si le fonds continue de grossir", a souligné M. Olsen.

Cette année, le gouvernement prévoit de puiser près 226 milliards de couronnes dans le fonds, un niveau record qui correspond bien à 3% de sa valeur mais qui est déjà critiqué comme excessif et intenable par des économistes.

À côté des 60% en actions, le fonds doit, selon son mandat actuel, être placé à hauteur de 35% en obligations et de 5% dans l'immobilier, l'intégralité de ces investissements devant avoir lieu hors de Norvège pour ne pas surchauffer l'économie nationale.

Les propositions annoncées jeudi seront détaillées dans des documents qui seront présentés le 31 mars au Parlement. Le gouvernement y étant minoritaire, les changements proposés nécessiteront l'appui d'autres partis.



(©AFP / 16 février 2017 21h00)
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