Les hôpitaux britanniques, grand corps malade du Brexit

Des ambulances devant les urgences de l'hôpital Saint-Thomas à Londres, le 8 mars 2017 / © AFP / BEN STANSALL
Les hôpitaux britanniques peinent déjà à recruter, mais le Brexit pourrait bien leur compliquer encore davantage la tâche, les infirmières et médecins européens se montrant de plus en plus réticents à venir travailler outre-Manche.

Le nombre d'infirmières et infirmiers européens postulant au système de santé public NHS a chuté de 90% depuis le référendum du 23 juin, selon des chiffres du Conseil des infirmiers et des sages-femmes britanniques (NMC) publiés fin janvier.

Seuls 101 infirmières et infirmiers européens ont été nouvellement inscrits au registre du NHS en décembre, contre 1.304 en juillet; "les premiers signes d'un changement depuis le référendum sur l'UE", affirme Jackie Smith, directrice générale du NMC.

Autre chiffre frappant: plus de la moitié des médecins européens installés au Royaume-Uni songent à quitter le pays, d'après une étude de l'Ordre des médecins britanniques (GMC) publiée fin février.

Plus de 5% des 1,2 million de salariés du NHS sont européens, selon l'organisme officiel NHS Digital.

Si le Brexit sonne la fin de la libre circulation des Européens au Royaume-Uni, "nous ferons alors face à de sérieuses pénuries de personnels, qui renforceront encore davantage la pression sur le NHS", déjà en proie à une crise inédite, a prévenu fin février Charlie Massey, directeur général du GMC, devant une commission parlementaire.

Un couloir de l'hôpital Saint-Thomas à Londres, le 6 mars 2017 / © POOL/AFP / CHRIS J RATCLIFFE
Pour Janet Davies, directrice du Royal College of Nursing, le syndicat des infirmiers britanniques, le système de santé public, "avec 24.000 postes d'infirmiers vacants, ne peut fonctionner sans les infirmiers européens".

Mais la Première ministre britannique Theresa May refuse de garantir les droits des trois millions de citoyens européens installés outre-Manche avant d'avoir obtenu des assurances similaires pour les 1,2 million de Britanniques vivant dans l'UE.

Le système s'écroulera

"Nous voulons des garanties rapidement. Avant, toutes les infirmières [espagnoles] voulaient venir ici mais elles se tournent désormais vers d'autres pays comme la France", explique à l'AFP Joan Pons, infirmier espagnol de 41 ans installé au Royaume-Uni depuis 17 ans.

Selon cette figure du mouvement "the3million", un groupe de pression qui défend les droits des Européens installés outre-Manche, le silence du gouvernement sur ce point alimente en outre les discours racistes.

Un patient attend dans un couloir de l'hôpital Saint-Thomas à Londres, le 6 mars 2017 / © POOL/AFP / CHRIS J RATCLIFFE
"Sur les réseaux sociaux, on me traite de tous les noms. L'autre jour, une infirmière polonaise m'expliquait en pleurant qu'un jeune patient avait refusé qu'elle le soigne au motif qu'elle est étrangère", explique-t-il.

Joan Pons a trois enfants de 5, 11 et 14 ans, nés au Royaume-Uni. "Ils ont peur qu'on parte en vacances (en Espagne) et qu'on ne revienne jamais", dit-il. "On ne m'avait jamais fait ressentir que je n'étais pas Britannique mais aujourd'hui, j'en suis conscient", ajoute-t-il.

Pour lui, si les infirmiers et infirmières européens quittent le Royaume-Uni, et que les retraités britanniques installés en Espagne reviennent, "le système de santé public s'écroulera".

Paul MacNaught, un responsable du ministère de la Santé britannique, a estimé que le NHS économisait chaque année 1.000 livres (1.140 euros) pour chaque retraité britannique vivant en Espagne - pays qui accueille la majorité des 190.000 personnes concernées - par rapport à ce que leurs soins coûteraient au Royaume-Uni.

"Nous envisageons de déménager en Australie", confie à l'AFP une infirmière barcelonaise, mariée à un médecin lui aussi espagnol.

La quadragénaire, qui souhaite conserver l'anonymat, n'ayant pas encore évoqué la question avec ses supérieurs, vit au Royaume-Uni depuis trois ans. Mais ces derniers mois, "la vie a changé", dit-elle. Elle ne voit plus aujourd'hui que les mauvais côtés du pays. "Le mauvais temps m'épuise, alors que je m'en fichais jusqu'ici".


(©AFP / 19 mars 2017 10h33)


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