Ethylotests, un déchet dangereux ?

PARIS (Sipa) -- Les dizaines de millions d'éthylotests chimiques jetables qui vont être stockés dans les boîtes à gants de nos voitures constituent-ils un déchet dangereux pour l'environnement' Cette question est à l'étude et le ministère de l'Ecologie devrait se prononcer à la fin de l'année.

Depuis le 1erjuillet dernier la détention d'un éthylotest neuf est obligatoire pour tous les véhicules motorisés (à l'exception des cyclomoteurs). Pour bien faire, le conducteur doit s'équiper de deux éthylotests, au cas où il serait contrôlé après en avoir utilisé un en prenant le volant. Avec un parc d'environ 40 millions de véhicules, le nombre d'éthylotests achetés pourrait atteindre 80 millions. D'ici deux ans, durée de vie moyenne de ces ballons, des dizaines de millions d'éthylotest vont donc remplir les poubelles...

Est-ce un déchet anodin, pouvant être traité comme les déchets ménagers classiques via les déchetteries et les incinérateurs'


Substance cancérigène

L'association de protection de l'environnement Robin des bois a jeté un pavé dans la mare en juillet en réclamant un recyclage des éthylotests chimiques. En cause: le produit utilisé comme réactif, le dichromate de potassium, classé comme substance cancérigène, mutagène et toxique pour la reproduction. "Incinérés, les déchets d'éthylotest chargeront en chrome les fumées et les mâchefers", écrivait l'association dans son communiqué. Jetés sur la voie publique, "ils se joindront au cortège de macrodéchets qui encombrent et empoisonnent les rivières, les estuaires, le littoral et la mer".

Interpellé, le ministère de l'Ecologie de Delphine Batho a demandé une expertise à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (INERIS) pour évaluer le niveau de dangerosité de ces déchets.

De son côté, la société Contralco, qui représente 78% du marché français des éthylotests chimiques, assure que le tube réactif ne constitue pas un déchet dangereux. De fait, l'INERIS estime dans une attestation adressée en 2006 à Contralco que le réactif chimique de son éthylotest "n'est pas une préparation dangereuse pour l'environnement au sens des directives européennes". Cependant, l'institut lui-même précise que cet avis ne repose pas sur des études expérimentales et qu'il a vocation à être actualisé.

C'est ce qui va être fait, puisqu'à la demande du ministère l'INERIS procède à une analyse des éthylotests présents sur le marché afin de déterminer leur composition précise et la quantité de dichromate de potassium ou chrome VI qu'ils contiennent. Ce travail, qui doit être rendu avant la fin de l'année, permettra de connaître plus précisément la quantité de chrome VI qui ira dans nos poubelles.

Contralco affirme que son test contient 0,002g de chrome 6, ce qui représenterait environ 80 kilos pour 40 millions d'éthylotests. En 2010, "le rejet dans l'eau de chrome VI a été de 622 kg selon le Registre français des émissions polluantes (iREP)", relève Robin des Bois.

"Si l'INERIS conclut que les éthylotests ont le statut de déchets dangereux, nous engagerons des discussions pour les inclure dans la filière de recyclage DDS, celle des déchets diffus spécifiques", précise à Sipa Patricia Blanc, de la direction générale de prévention des risques au ministère de l'Ecologie. Cette filière en cours de création, suite au Grenelle de l'environnement, organise la collecte et le recyclage des déchets ménagers dangereux - comme les peintures, colles, mastic, feux d'artifices, produits phytosanitaires, etc- par les producteurs.


Filière de recyclage

Si une telle filière de recyclage était mise en place, les utilisateurs devraient ramener les éthylotests chez les distributeurs, comme pour les piles ou les ampoules à basse consommation.

"Nous sommes engagés depuis longtemps dans une démarche environnementale", assure à Sipa Guillaume Neau, responsable du marketing chez Contralco. "Le recyclage est une bonne démarche, nous le faisons à l'interne pour nos matériaux, plastiques cartons, déchets réactifs... Ce que nous déplorons, c'est que nous qui sommes une société française, produisant des éthylotests 100% français, nous serions la seule entreprise à contribuer à cette filière: nos concurrents étrangers, qui fabriquent hors de l'Europe, n'y seraient pas soumis".

Quoi qu'il en soit, Contralco prépare depuis plusieurs années un produit de substitution: des éthylotests sans chrome sont en cours de test. La société installée dans l'Hérault s'apprête aussi à commercialiser un ballon composé d'un plastique biodégradable.

cdu/sbo/mw


(Sipa / 14.11.2012 05h02)


    

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