Pour Malema, la chanson Tuez le Boer n'est pas un appel à la violence


JOHANNESBURG - Le turbulent dirigeant de la jeunesse du Congrès national africain (ANC), Julius Malema, a soutenu jeudi que chanter Tuez le Boer n'incitait pas à la violence, au cours d'un procès qui passionne l'Afrique du Sud.

Le procès a provoqué un vaste débat sur la façon dont le pays doit appréhender son passé.

La chanson --en zoulou Dubula ibhulu, c'est-à-dire Tuez le Boer, ou fermier-- fait directement référence aux descendants des Boers, colons néerlandais qui se sont installés en Afrique du Sud au XVIIe siècle, et sont généralement connus sous le nom d'Afrikaners.

Elle était particulièrement populaire chez les militants anti-apartheid. Mais Julius Malema s'est fait une spécialité de la chanter lors de meetings électoraux, quand bien même l'Afrique du Sud est devenue une démocratie multiraciale depuis 1994.

Afriforum, un groupe qui se présente comme la voix des Afrikaners, a porté l'affaire en justice afin d'empêcher Julius Malema de chanter cette chanson, et plus généralement pour qu'elle soit interdite, car il la considère comme un appel à la haine.

Parler et chanter sont deux choses différentes. On fait ce que je dis, pas ce que je chante, a affirmé M. Malema jeudi lors d'un contre-interrogatoire.

Julius Malema a répété à la Cour qu'il contestait la traduction de Dubula ibhulu.

Notre chanson est chanté en zoulou, et elle peut perdre son sens une fois traduite. Lorsque c'est traduit, ça ne signifie pas la même chose, a affirmé le chef de la ligue de jeunesse de l'ANC, pour qui cette chanson est un cri de ralliement contre l'oppression.

Afriforum estime que le mot +Boer+ généralement utilisé dans la traduction est un terme péjoratif faisant référence aux fermiers, aux Blancs, et aux Afrikaners en particulier.

Depuis le début du procès le 11 avril, des dirigeants de l'ANC ont défendu la chanson au nom du patrimoine de la lutte anti-apartheid et, partant, du patrimoine national.

Le parti au pouvoir en Afrique du Sud a installé un écran géant devant le tribunal de Johannesburg où se déroule le procès, permettant à ses partisans --souvent amenés par cars entiers-- de suivre les débats. Et ils n'ont eu de cesse de chanter la fameuse chanson depuis le début des débats.

Au terme de l'audience de jeudi, Justin Malema a déclaré à la foule que l'ANC (était) blâmée pour apprendre à ses partisans des chants de libération.

Le procès ne porte pas sur la chanson, mais sur la nationalisation, la redistribution des terres, a-t-il poursuivi, après avoir été essentiellement interrogé sur des questions politiques d'actualité, et en particulier son appel à une réforme agraire ambitieuse, alors que la grande majorité des terres arables sont toujours possédées par une minorité de fermiers blancs.

Afriforum a utilisé la chanson pour cacher la vraie question, parce que pendant le contre interrogatoire, ils n'ont rien demandé sur la chanson, ils ont parlé de fermes et de terre, a-t-il déclaré.

Winnie Madikizela-Mandela, l'ex-épouse de l'ancien président Nelson Mandela, est restée aux côtés de Julius Malema depuis le début du procès.

Afriforum, en traînant Julius en justice, a fait de Julius Malema le prochain président du pays!, a-t-elle lancé jeudi à la foule, ajoutant que Julius lutte pour la démocratie.

(©AFP / 21 avril 2011 17h07)

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