Le Mauritanien condamné à mort pour apostasie a eu le sort qu'il mérite

Nouakchott - Le chef du parti islamiste mauritanien modéré Tewassoul, Jemil Ould Mansour, a salué jeudi la condamnation dans son pays d'un jeune musulman accusé d'apostasie qui, selon lui, a eu le sort qu'il mérite.

Cette condamnation à mort a été prononcée à Nouadhibou (nord-ouest) contre Mohamed Cheikh Ould Mohamed tard mercredi soir, au deuxième jour de son procès. Il s'agit du premier procès pour apostasie de l'histoire de la Mauritanie depuis l'indépendance du pays en 1960.

L'accusé, en détention depuis le 2 janvier, était poursuivi pour un écrit dénoncé comme blasphématoire et comme portant atteinte au prophète Mahomet.

A l'ouverture de son procès, il a plaidé non coupable et expliqué qu'il n'avait pas l'intention de critiquer le prophète mais de défendre une composante sociale mal considérée et maltraitée, la caste des forgerons (maalemines), dont il est lui-même issu.

C'est l'affaire d'un criminel qui a eu ce qu'il mérite, a estimé jeudi devant la presse à Nouakchott Jemil Ould Mansour, président du parti Tewassoul, première force de l'opposition parlementaire en Mauritanie.

Notre parti n'a rien à ajouter à ce sujet, a ajouté M. Ould Mansour, une des rares personnalités à s'exprimer publiquement et à découvert sur la question dans le pays, où se sont déroulées en janvier et février plusieurs manifestations de colère contre Mohamed Cheikh Ould Mohamed, qualifié de blasphémateur, certains manifestant allant jusqu'à réclamer sa tête.

L'annonce de la condamnation du jeune homme a cependant été suivie dans la nuit de mercredi à jeudi de bruyantes scènes de joie à Nouadhibou, tant au tribunal que dans les rues, selon une source judiciaire jointe sur place.

Elle a aussi donné lieu par endroits à Nouakchott à des manifestations d'approbation, d'après des témoins.

Comme à Nouadhibou, des habitants de la capitale sont sortis dans les rues, saluant la sentence par des concerts de klaxon, certains criant Allah Akbar (Dieu est grand) !, a-t-on indiqué de mêmes sources.

Avant sa comparution ainsi que durant son procès, Mohamed Cheikh Ould Mohamed - également identifié par certains médias locaux comme Mohamed Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir - s'est repenti tout en niant l'accusation à son encontre, d'après des sources judiciaires.

Mardi, un juge a rappelé que Mohamed Cheikh Ould Mohamed a été inculpé d'apostasie pour avoir parlé avec légèreté du prophète Mahomet et enfreint aux ordres divins dans un article publié brièvement sur des sites Internet mauritaniens. Dans cet article, il contestait des décisions prises par le prophète Mahomet et ses compagnons durant les guerres saintes, selon une des sources judiciaires.

De même source, le procureur a présenté d'autres textes qui lui sont attribués, les estimant plus graves et sans équivoque sur sa mauvaise foi.

Dans leur plaidoirie, les deux avocats commis d'office pour sa défense ont insisté sur son repentir et estimé que cela devrait être pris en compte en sa faveur.

La Mauritanie compte aujourd'hui près de 4 millions d'habitants d'origine arabo-berbère - les Maures - et d'Afrique subsaharienne - les Négro-Africains.

La société, auparavant organisée autour des ethnies et des tribus elles-mêmes subdivisées en castes, a enregistré avec la sédentarisation et l'urbanisation des changements rendant sa structure complexe.

Les maalemines étaient traditionnellement en bas de l'échelle parmi les castes spécialisées (griots, tributaires, pêcheurs, chasseurs) au sein de toutes les communautés.

Dans son article controversé, Mohamed Cheikh Ould Mohamed accusait la société mauritanienne de perpétuer un ordre social inique hérité de l'époque du prophète et dénonçait les conditions de couches défavorisées, dont les maalemines.

Fin 2012, un mouvement s'est fait connaître à Nouakchott sous le nom d'Initiative des forgerons pour la lutte contre la marginalisation. Aucun des responsables identifiés n'était joignables jusqu'à jeudi soir.

(©AFP / 25 décembre 2014 20h32)