5G: différents usages possibles mais par quel financement?

Paris - Annoncée comme une révolution industrielle et numérique, la 5G représente dans un premier temps un énorme défi pour les opérateurs, qui devront revoir progressivement la totalité de leur réseau, avec de très lourds investissements à la clé.

Problème: la situation financière des opérateurs n'est guère florissante. L'intense concurrence un peu partout en Europe limite leurs capacités d'investissement alors que la 5G est régulièrement présentée comme un "mur" par les experts, tant du fait de l'acquisition de nouvelles fréquences que pour le déploiement de l'infrastructure.

"Le chiffre d'affaires du secteur des télécoms stagne et a fortement baissé en quelques années alors que les investissements sont en constante augmentation, les acteurs vont ainsi être confrontés à un mur d'investissement", avertit Michel Combot, directeur général de la fédération française des télécoms (FFT), qui reste cependant confiant dans la capacité des opérateurs à trouver des solutions.

Sur la 4G, les retards sont patents, selon le centre de réflexion Idate, qui évaluait à 52,5 milliards d'euros par an le déficit d'investissement sur les réseaux en Europe face aux Etats-Unis.

Un retard jugé "grave" par Jean-Luc Lemmens, directeur du pôle télécoms de l'Idate qui ajoute ne voir "aucun levier de court terme permettant de compenser ce retard".

Si la 5G implique la modification totale du réseau, les opérateurs soulignent que ces investissements ne s'effectueront pas d'un seul coup, niant du coup le risque de "mur" qui se profile.

La liaison en fibre des sites est en effet largement avancée et, dans un premier temps, la 5G consistera avant tout à ajouter des éléments d'antennes permettant de gérer les nouvelles fréquences, de manière à obtenir une connexion plus performante et ainsi empêcher la saturation du réseau.

- Un investissement en fonction des besoins -

Ensuite, il s'agira de s'attaquer au "coeur de réseau", les équipements qui servent de colonne vertébrale, et multiplier les petites antennes afin d'assumer l'explosion attendue des objets qui y seront connectés mais aussi du volume de données, tout en offrant une faible latence et une couverture parfaite.

"Le poids de l'investissement dépendra grandement des besoins", rappelle Fredrik Jejdling, vice-président exécutif de l'équipementier Ericsson, "il faudra densifier le réseau mais le marché est très compétitif, nous devrons proposer au moins le même ratio" de prix par Gigaoctet que pour la 4G.

Si les équipementiers sont discrets sur les prix pratiqués ils l'assurent: les opérateurs ne paieront pas plus cher compte tenu du volume attendu du trafic.

Encore faut-il qu'il réussissent à monétiser ce réseau, tant auprès du grand public que des industriels, car "les opérateurs adapteront leurs investissements au succès de la 5G", rappelle M. Combot, l'offre a besoin de rencontrer la demande.

Surtout s'ils ne sont pas les seuls à déployer alors que, par exemple, les opérateurs d'infrastructures - ports, autoroutes, aéroports - pourraient être également intéressés.

"L'un des usages de la 5G sera la voiture autonome et dans cette perspective on peut se demander qui financera le déploiement des infrastructures sur les autoroutes", s'interroge Jean-Luc Lemmens, "un opérateur, les sociétés d'exploitation d'autoroute, les constructeurs automobiles, l'Etat ?"

Idem pour la ville intelligente. Les collectivités territoriales financeront-elles le déploiement des antennes ?

"Pour l'instant, ni les entreprises ni les collectivités ne se sont précipitées pour participer à la 5G dans les lieux où elle est actuellement expérimentée en France", nuance Pierre-Jean Benghozi, membre du collège de l'Arcep, l'Autorité de régulation des télécoms.

- Comment attribuer les fréquences? -

Pour la FFT, nul besoin d'une participation de l'Etat, en revanche la demande pour un cadre incitatif au déploiement est là: "une fiscalité incitative ou des simplifications administratives" permettraient d'augmenter la capacité d'investissement des opérateurs, selon Michel Combot.

Parmi les variables, l'attribution des fréquences 5G est âprement discutée et les autorités n'ont pas encore défini la marche à suivre.

En cas d'enchères, auxquelles la FFT est très réticente, les prix pourraient s'envoler, à l'image des six milliards d'euros dépensés par les opérateurs italiens début octobre.

L'alternative pourrait être un "troc" permettant l'attribution des fréquences à un prix moindre en échange d'obligations de couvertures strictes, à l'image du "new deal mobile" finalisé à la fin de l'été pour la réattribution de plusieurs fréquences 3G et 4G.

Avec cette même question: faut-il accorder toutes les fréquences aux opérateurs ou en laisser certains morceaux à d'autres acteurs, selon les divers usages prévus?

"Dans la mesure où les applications de la 5G sont aussi industrielles, on peut imaginer que des entreprises voudraient leurs propres réseaux" pour équiper leurs sites de production, envisage M. Benghozi.

Les opérateurs devraient en savoir plus mi-2019 sur les conditions d'attribution et avoir une idée plus précise de combien leur coûtera la 5G, au moins pour son premier lancement commercial en France, en 2020.

jvi/els/tq/mcj

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(©AFP / 13 décembre 2018 11h42)