A Bercy, un tandem de droite pour mettre en oeuvre le programme Macron

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire (d) et le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin (g), à l'Elysée, avant le premier Conseil des ministres du gouvernement, le 18 mai 2017 / © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN
En nommant Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy, Emmanuel Macron a confié les clés de l'économie à un tandem de droite, au risque de frictions avec les deux ministres, qui ne se sont pas privés de critiquer son programme pendant la campagne.

"A Bercy, tout le monde est surpris. On aurait élu Fillon président de la République, cela aurait été la même chose", confie une fonctionnaire. "Beaucoup sont tombés des nues", confirme un ex-responsable de cabinet, qui ironise: "ils sont en train d'ouvrir le livre de Bruno Le Maire pour voir ce qu'il pense".

Pendant la campagne, le nouveau ministre de l'Economie, candidat malheureux à la primaire de la droite, avait vertement critiqué le chef de file d'En Marche!, qu'il accusait de dire "tout et son contraire".

"Il promet tout, finance tout, rembourse tout: les lunettes, les prothèses auditives et les soins dentaires! C'est Noël avant l'heure", avait pour sa part raillé le maire LR de Tourcoing Gérald Darmanin, tout nouveau ministre de l'Action et des Comptes publics, rattaché à Bercy.

Des critiques qui font planer le doute sur leur bonne volonté pour mettre en musique le programme économique d'Emmanuel Macron, d'autant que le projet du nouveau président diffère sensiblement des propositions formulées par M. Le Maire lors de la primaire de la droite.

Le Maire et Darmanin "deviennent aujourd'hui des acteurs d'un projet qu'ils ont combattu il y a encore quelques jours", a grincé jeudi François Baroin, chef de file LR pour les législatives.

Divergences

Dans son programme, le député de l'Eure promettait de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires, contre 120.000 pour M. Macron, et de réduire les dépenses publiques de 80 à 90 milliards d'euros, soit nettement plus que les 60 milliards promis par le chef de l'Etat.

Autre divergence: M. Le Maire souhaitait réduire de 7,5% à 6% la CSG, "symbole du poids de plus en plus massif des prélèvements fiscaux et sociaux pesant sur les Français". Il devra, s'il suit le programme du président, l'augmenter de 1,7 point, soit une hausse de 21 milliards d'euros. M. Macron veut ainsi financer la suppression des cotisations maladies et chômage payées par les salariés.

Les deux hommes s'opposaient aussi sur la réforme des retraites, Bruno Le Maire souhaitant un recul de l'âge légal de départ à 65 ans, et sur l'ISF, que le député de droite voulait supprimer quand Emmanuel Macron veut le concentrer sur le seul patrimoine immobilier.

Entre les deux programmes, "il y a quand même des similitudes", nuance auprès de l'AFP Emmanuel Jessua, économiste chez Coe-Rexecode, citant pêle-mêle "l'engagement sur la stabilité fiscale, une rationalisation de la fiscalité du capital" ou encore "la défiscalisation des heures supplémentaires".

Bruno Le Maire rejoint également M. Macron sur sa volonté de refondre le droit du travail et de reporter la réforme du prélèvement à la source.

Souplesse

Lors de la passation de pouvoir, le nouveau ministre de l'Economie, comme son collègue des Comptes publics, se sont empressés d'afficher leur adhésion au programme présidentiel.

"Le président de la République a parlé d'esprit de conquête. Je partage complètement cette envie de restaurer un esprit de conquête dans notre pays", a insisté Bruno Le Maire, Gérald Darmanin estimant, lui, que "la feuille de route" fixée par l'Elysée était "claire".

Interrogé jeudi matin sur France Inter, le Premier ministre, Edouard Philippe, a lui aussi écarté tout risque de friction.

C'est autour d'Emmanuel Macron "et de son projet que les Français se sont rassemblés pour faire en sorte que notre pays avance", a-t-il déclaré, n'excluant pas "une forme de souplesse, d'intelligence et de discussion à chaque fois que cela sera nécessaire".

"Vu l'équilibre politique trouvé dans le gouvernement, il est difficile de penser qu'il n'y aura pas de répercussion sur le programme présidentiel, et notamment sur les points les plus cruciaux", estime cependant M. Jessua, jugeant notamment "vraisemblable un ajustement sur les dépenses publiques".

"Il y a une question de cohérence avec l'ambition européenne de la présidence Macron", qui souhaite "repasser rapidement sous les 3% de déficit", ajoute l'économiste, sceptique sur la capacité de la France de tenir cet engagement au vu du projet porté par Emmanuel Macron lors de la campagne.



(©AFP / 18 mai 2017 14h10)
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