Accompagner plutôt que contraindre, le credo écolo de Royal en Poitou-Charentes

Bordeaux - Accompagner plutôt que contraindre: dix années durant, à la tête de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, la ministre de l'Ecologie, a fait de ce credo la base de son action en matière environnementale, avec un bilan en demi-teinte.

En 2004, date de son élection, Ségolène Royal souhaitait une région exemplaire en matière d'environnement. Confortablement réélue en 2010, elle n'a eu de cesse depuis de vanter le bilan de son laboratoire.

Entre autres, la région revendique: des soutiens aux projets d'investissements photovoltaïques et de méthanisation; un partenariat pour favoriser l'éclairage public solaire dans les communes; une charte terre saine pour réduire l'utilisation des pesticides; des chèques verts et prêts à taux zéro pour l'isolation des logements; la construction d'un lycée 100% énergies propres; l'introduction d'un Pass Mobilité à 1 euro le trajet en TER; le soutien au covoiturage et à l'auto-partage en voiture électrique; la promotion du vélo; le lancement d'un Institut de la chimie verte; l'organisation annuelle d'un Salon de la croissance verte, etc.

Ses adversaires au Conseil régional parlent eux d'un saupoudrage tous azimuts enrobé de beaucoup d'effets d'annonce, avec peu de résultats convaincants. Quant à ses partisans, ils évoquent une logique simple, consistant à allumer des cercles vertueux dans le maximum de domaines, avec une constante pour faire naître la dynamique: inciter chefs d'entreprises, collectivités ou particuliers à changer leurs pratiques grâce à des appuis financiers.

Exemple significatif, pour Benoît Biteau, paysan et vice-président PRG de la région, le conditionnement des aides aux agriculteurs à la non-utilisation d'OGM (organisme génétiquement modifié), non-grata dans la région depuis 2004. Cela peut paraître anodin, mais ça ne l'est pas, estime-t-il. Cela pousse les éleveurs à réfléchir sur la manière de produire localement des protéines sans OGM et revenir à des modèles herbagés.

- Verts pas malheureux -

Les Verts ne sont pas malheureux, reconnaît Françoise Coutant, à la tête du groupe EELV. Ségolène Royal a une vraie sensibilité environnementale. Elle salue notamment sa décision franche sur les OGM, l'efficacité du Pass mobilité, le volontarisme pour la conversion de l'agriculture vers le biologique et la réduction des pesticides. Mais relève plus de difficultés sur les questions d'énergie, avec des solutions pour l'heure sur le papier.

L'incitation, Ségolène Royal a toujours dit ça. Faire du développement économique à partir d'une industrice éco-conçue, cela a été porté ici plus tôt qu'ailleurs, souligne Jacques Barbier, président du Pôle éco-industrie (900 entreprises et plusieurs laboratoires de recherche), créé en 2005 pour favoriser la conception de procédés de production verts. Ces produits seront de toute façon sur le marché, autant qu'on les produise ici, abonde Sandra Martin, fondatrice de Futuramat (Vienne), spécialisée dans les plastiques en matière végétale et qui fut soutenue par la région, en 2009, lorsque la crise frappa de plein fouet cette TPE (très petite entreprise), qui ne fait pas encore de bénéfices mais commence à gagner des marchés.

- Croissance verte -

Une politique à la base de la croissance verte, leitmotiv de Ségolène Royal, dans sa région, mais aussi, en 2007, lors de sa campagne à l'élection présidentielle, puis pendant la primaire socialiste en 2012, où elle fait de la réindustrialisation verte sa réponse à la crise et au chômage.

Sur le photovoltaïque, ce message n'a jamais varié, se félicite Jean Bailleul, gérant de VMH Energie, installateur qui produit depuis peu des panneaux, rappelant le Fonds de résistance photovoltaïque mis en place par la région lorsque la filière était au plus mal.

Symbole, VMH Energie, une centaine d'employés aujourd'hui, s'est installée dans l'enceinte de l'équipementier automobile New Fabris, fermé en 2009 avec 360 licenciements, sur un site dépollué et réhabilité par la région.

Reste que la reconversion verte n'est pas gagnée. Mia Electric, spécialisée dans le voiture électrique, possédée à hauteur de 12% par la région, vient d'être placée en liquidation judiciaire. EcoMobilité, aussi dans le véhicule électrique, et l'équipementier Heuliez, soutenus par la région, ont été liquidés en 2012 et 2013.

De l'entêtement avec l'argent du contribuable, dénonce Olivier Chartier, porte-parole de l'opposition au Conseil régional, qui évoque des promesses politiques très risquées.

Seul point sur lesquel partisans et détracteurs s'accordent: l'implantation dans la région de PME liées au développement durable.

(©AFP / 18 avril 2014 17h35)