Accord nucléaire: l'Amérique restera le Grand satan de l'Iran

Téhéran - L'accord nucléaire conclu à Vienne ne mettra pas fin à l'antagonisme historique entre l'Iran et les Etats-Unis, qui s'opposent sur plusieurs dossiers régionaux malgré des intérêts qui se chevauchent, notamment dans la lutte contre le groupe Etat islamique.

Le 10 juillet, pour la Journée de Qods (Jérusalem) en soutien à la cause palestinienne, les manifestations ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers d'Iraniens qui n'ont pas failli à la tradition en scandant Mort à l'Amérique et en mettant le feu à la bannière étoilée... Même si Los Angeles abrite la plus grosse communauté d'Iraniens expatriés.

L'anti-américanisme est profondément ancré en Iran depuis le coup d'Etat ourdi en 1953 par la CIA et les services secrets britanniques contre le Premier ministre Mohammad Mossadegh, qui avait ordonné la nationalisation de l'industrie pétrolière.

En novembre 1979, quelques mois après la Révolution, la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran avait entraîné la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

- Rôle régional clé -

Le terme de +Grand Satan+ pour les Etats-Unis a été créé par l'imam Khomeiny, le fondateur de la République islamique, a rappelé début juin le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, qui évoque régulièrement sa méfiance envers Washington.

Le numéro un iranien, qui a le dernier mot sur le dossier nucléaire, a pourtant accepté officiellement en mars 2014 le principe de négociations directes avec Washington, mais uniquement sur le dossier nucléaire.

Depuis, l'Iran a plusieurs fois déclaré que ces discussions pourraient être élargies, au nom de la lutte contre les jihadistes qui contrôlent une partie de la Syrie et de l'Irak.

L'Iran s'est ainsi engagé très tôt aux côtés des forces kurdes et du gouvernement irakien pour contrer l'offensive jihadiste au printemps 2014. A Ramadi, tombée en mai aux mains de l'EI, Téhéran a appuyé les milices chiites irakiennes pour reconquérir la ville, où la coalition menée par Washington a également mené des raids intenses contre les jihadistes.

Ammar al-Hakim, chef d'une puissante milice chiite, le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak, a estimé qu'un accord nucléaire allait avoir des effets clés dans tous les évènements régionaux.

Car la République islamique, malgré ses postures idéologiques, reste pragmatique lorsqu'il s'agit de protéger son intérêt national. L'Iran a ainsi déjà eu des discussions ponctuelles avec Washington sur des dossiers comme l'Afghanistan ou l'Irak.

- Jeu de dominos -

Les négociations nucléaires ont été officiellement relancées en 2013, et depuis les relations avec les USA ont déjà changé, estime un observateur de la politique iranienne, sous couvert d'anonymat.

L'accord est un jeu de dominos, ajoute-t-il. Cela va créer d'autres occasions de coopérer, comme dans la lutte contre l'EI en Irak où ils se partagent le travail avec des raids aériens américains et les milices chiites au sol.

Les Etats-Unis démentent toutefois une quelconque interaction en Irak avec les miliciens.

Et cette coopération devrait rester limitée car la première puissance mondiale et le régime chiite, toujours considéré comme un Etat soutenant le terrorisme, s'affrontent sur plusieurs autres points chauds dans la région.

En Syrie, malgré l'EI, l'Iran affiche jusqu'ici un soutien sans faille au président syrien Bachar al-Assad. Téhéran a envoyé les Gardiens de la Révolution pour conseiller les forces régulières contre les rebelles, dont une partie est appuyée par les Etats-Unis.

L'Iran dénonce également l'intervention militaire menée par Ryad - principal allié arabe de Washington - à la tête d'une coalition sunnite contre les Houthis, des rebelles chiites qui contrôlent une partie du Yémen.

L'Iran se considère aussi avec la Syrie, le parti chiite libanais Hezbollah et le mouvement palestinien Hamas, comme l'axe de la résistance face à Israël, allié des Etats-Unis que la République islamique ne reconnaît pas et qui est voué à disparaître selon les responsables iraniens.

(©AFP / 15 juillet 2015 14h40)