"Acte V" ou non ? Les "gilets jaunes" sous pression après l'attaque de Strasbourg

Marseille - Après l'attentat meurtrier de Strasbourg, la pression monte jeudi sur les "gilets jaunes" pour qu'ils rejoignent la table des négociations et renoncent à "l'acte V" samedi d'un mouvement qui a connu son sixième mort dans la nuit, un homme de 23 ans percuté par un camion.

Si le gouvernement n'a "à ce stade pas décidé d'interdire les manifestations" samedi, Benjamin Griveaux a appelé les gilets jaunes à être "raisonnables", "au regard" de l'attentat qui a visé la capitale européenne: leur colère s'est "exprimée", "a été entendue", et il y a été "répondu", a insisté jeudi matin le porte-parole du gouvernement, sur Cnews.

Dans la foulée de l'attentat mardi soir, les autorités ont déclenché sur toute la France le niveau "urgence attentat", le plus haut niveau du plan Vigipirate. Il serait "facile" de les interdire par avance, mais cela n'empêcherait pas "les personnes souhaitant casser (et) piller de se rendre dans les rues", a insisté M. Griveaux.

"On ne lâche rien, le Ve acte aura bien lieu samedi", lui ont répondu les "gilets jaunes" de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), selon qui "la propagande gouvernementale ne passera pas": "Nous savons que plusieurs syndicats commencent à se réveiller, dockers, cheminots, agents des impôts, industrie locale. Samedi pourrait être un grand jour", a insisté Pierre-Gael Laveder, porte-parole des "gilets jaunes" de cette ville de Saône-et-Loire.

"Les attentats, c'est pour nous faire peur. On ne changera rien", lâchait mercredi "Mamyray", une retraitée de 65 ans rencontrée par l'AFP sur un rond-point à Rennes. Sur la même ligne, Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France, a accusé jeudi le gouvernement d'"instrumentaliser" l'attentat de Strasbourg pour "essayer de faire taire" les "gilets jaunes".

Jeudi matin, la pression sur les manifestants est aussi venue de Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, selon qui, il serait "de bon ton" qu'ils ne manifestent pas samedi, "pour ne pas surcharger la barque des policiers": "Si une organisation syndicale était responsable d'autant de violences (...), on la mettrait au ban pour au moins une vingtaine d'années", a-t-il encore lâché, sur RFI.

- "Un nouveau modèle français" -

"Je leur demande de ne pas manifester samedi", a également appelé Gael Perdrieau, le maire LR de Saint-Etienne, selon qui "le message des gilets jaunes devient inaudible parce que les manifs sont maintenant un support pour les pilleurs et les casseurs".

En visite à Lille (Nord), la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie, Agnès Pannier-Runacher, a fait état de pertes "entre 25 à 40% de chiffre d'affaires (pour les commerçants) ces derniers week-ends". Au passage, elle a appelé les Français à aller faire leurs courses "dans les centre-villes et chez les commerçants", au lieu de passer par des "plateformes internet qui ne payent pas d'impôts en France".

Il faut "maintenant que le mouvement s'arrête", a renchéri Richard Ferrand, le président LREM de l'Assemblée nationale sur France Inter, appelant à "passer à la construction d'un nouveau modèle français", via le grand dialogue national annoncé par Emmanuel Macron lundi.

Cinq thèmes, dont la transition écologique, la fiscalité ou encore l'immigration ont été retenus pour ce débat, avait précisé mercredi le Conseil des ministres, dans son compte-rendu. Dans un discours mercredi soir, Édouard Philippe n'a cependant évoqué que "quatre axes", sans citer l'immigration.

Sur le terrain, la mobilisation continue. Au péage autoroutier de la Barque, sur l'A8, à la sortie d'Aix-en-Provence, ils avaient déjà repris leur position dans la nuit de mercredi à jeudi, avec le soutien sur place de François Ruffin, le député France Insoumise de la Somme. Avant de se faire à nouveau évacuer par les forces de l'ordre.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, peu après minuit, une sixième personne a perdu la vie en marge de ce conflit. Un "gilet jaune" de 23 ans a été percuté par un poids-lourd, à la sortie Avignon-sud de l'A7. Parmi ces six morts, deux sont des "gilets jaunes". Deux automobilistes et un motard ont perdu la vie dans des accidents provoqués par des barrages. La dernière victime est une femme de 80 ans mortellement blessée à Marseille par l'explosion d'une grenade lacrymogène lors d'une manifestation.

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(©AFP / 13 décembre 2018 12h08)