Afghanistan: Eva Joly plaide pour un coup de balai contre la corruption

Kaboul - La député écologiste européenne et ex-candidate à la présidentielle française Eva Joly a plaidé mercredi à Kaboul pour un vaste coup de balai dans l'administration afghane afin de lutter contre le fléau de la corruption, au moment où le nouveau président Ashraf Ghani prend ses marques.

L'ancienne magistrate franco-norvégienne et candidate défaite à la présidentielle de 2012, aujourd'hui présidente de la commission indépendante afghane anticorruption, estime que seule la volonté politique du nouveau président peut faire reculer la corruption en Afghanistan, l'un des pays les plus corrompus au monde.

Après la chute du régime fondamentaliste des talibans en 2001, les milliards de dollars de l'aide internationale ont alimenté une corruption endémique dans le pays. M. Ghani, investi le 29 septembre dernier, a fait de la lutte à la corruption l'une de ses priorités.

Pour l'ancienne magistrate du pôle financier du tribunal de Paris, qui s'était illustrée en mettant au jour un réseau de trafic d'influences dans l'affaire Elf, le nouveau gouvernement doit notamment opérer un renouvellement du personnel judiciaire en place en Afghanistan.

Il faut un changement de personnes parce que l'administration actuelle a été mise en place par Karzaï (ancien président afghan), et il faut un changement de génération, un renouvellement, a-t-elle expliqué à l'AFP.

Mme Joly réclame par exemple le départ de l'actuelle équipe du procureur général en Afghanistan. Nous attendons que la tête de l'action publique soit changée, donc le procureur général de la cour d'appel, car aujourd'hui ce service n'a aucune efficacité. (...) Nous avons vu combien le service est contre-productif et combien il est sensible aux influences politiques.

La formation des magistrats est également critique selon elle dans la bataille contre la corruption.

Les procureurs doivent en outre être protégés, car ils risquent parfois leurs carrières, voire leurs vies, a-t-elle estimé. L'Afghanistan est un pays de +warlords+ (seigneurs de guerre) qui ont une puissance dont nous n'avons pas idée, a-t-elle soutenu, affirmant être persuadée que le nouveau président Ghani était authentiquement engagé dans la lutte contre la corruption.

Or le président Ghani a réitéré mercredi dans un communiqué que pour enrayer la corruption, il allait superviser en personne les gros contrats. Les réformes dans le pays ont besoin de temps, certaines seront mises en place à court terme, d'autres sur le moyen ou long terme... Mais donnez-moi du temps pour apporter les changements fondamentaux au système de gouvernement afghan, a-t-il ajouté.

Il est allergique à la corruption. C'est un homme remarquablement intelligent, cultivé et qui sait les dégâts de la corruption pour la construction de la paix et pour le développement, a fait valoir Mme Joly en marge d'une conférence de presse de la commission indépendante de surveillance et d'évaluation de la corruption (MEC).

Mercredi à Kaboul, Mme Joly et ses collègues du MEC ont présenté à la presse leurs deux derniers rapports.

Le premier porte sur les usurpations de terres publiques et privées en Afghanistan. Le rapport révèle qu'une partie de ces terres ont été usurpées à l'aide notamment d'une corruption massive et de faux documents, le tout orchestré par ceux qui ont ou ont eu une présence significative au sein de l'administration.

Le deuxième rapport porte sur les importations illicites de médicaments de qualité médiocre en Afghanistan. On doit accentuer les contrôles sur la qualité du médicament, explique Mme Joly qui dénonce les risques de ce genre de pratique sur la santé des Afghans.

(©AFP / 19 novembre 2014 14h05)
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